Action publique—Analyse

Ministère de la Culture : l'IA sur une dette de maintenance

Le 24 septembre 2026, la Cour des comptes a publié un audit flash sur l'intelligence artificielle au ministère de la Culture. Le document, connu à ce jour par la presse spécialisée, juge que la stratégie de juillet 2025 recense 62 actions sans les hiérarchiser, les dater ni les budgéter, et relève qu'à la Bibliothèque nationale de France plus de 90 % de l'investissement informatique sert à maintenir l'existant. La tension tient en une phrase : la stratégie décrit l'innovation, le budget décrit la maintenance. L'article soutient qu'une stratégie IA qui ne finance pas son socle reste un catalogue et non une politique, et nomme dette de maintenance l'écart cumulé entre ce qu'un système d'information exige pour rester en état et ce qui lui est effectivement alloué.

AB
Par Alexandre Berge27 septembre 2026 · 19 min de lecture
Une constellation d’initiatives repose sur un épais socle de plaques anciennes, rapiécées et superposées.

La stratégie décrit l'innovation, le budget décrit la maintenance

Le texte de référence est public. Le 2 juillet 2025, le ministère de la Culture a mis en ligne sa « stratégie d'action pour des intelligences artificielles culturelles et responsables ». La page de présentation l'organise en cinq axes : des usages responsables et frugaux, un modèle économique équitable pour les créateurs, l'innovation dans la création et l'offre culturelle, l'IA au service du patrimoine et des archives, l'efficacité de l'action publique. Elle annonce une mise en œuvre « progressive et partagée » et précise que la feuille de route « fera l'objet de réévaluations régulières ». Aucun montant, aucun calendrier consolidé n'y figure.

L'audit flash de la Cour, dont le contrôle a été notifié en novembre 2025, porte sur un échantillon de dix opérateurs et établissements publics. Six sont nommés dans la presse (BnF, Centre national du livre, INA, CNC, Radio France, France Télévisions). Selon Stratégies, la Cour juge la stratégie plus proche d'une « cartographie des initiatives existantes » que d'une feuille de route, et ses 62 actions ne sont ni hiérarchisées, ni datées, ni budgétées. ActuaLitté formule le même constat en termes de pilotage (absence de hiérarchisation générale, de calendrier d'ensemble et de fléchage budgétaire identifiable). Le fait le plus lourd se trouve ailleurs, dans un paragraphe consacré à la BnF : plus de 90 % de son budget informatique d'investissement, d'environ 10 M€ par an, serait absorbé par le maintien des infrastructures existantes (donnée de presse, à vérifier avant publication). Selon Art Essentiel, l'établissement estime à 22 millions d'euros sur six ans « le coût nécessaire à la modernisation de son système d'information, condition pour intégrer de nouvelles technologies », somme que la Cour présente comme un investissement préalable et non comme un budget IA.

Ces deux documents ne se contredisent pas. Ils ne parlent simplement pas du même objet. La stratégie parle de ce qui va être construit, le budget de ce qui doit être tenu debout. C'est exactement la configuration que décrivent les historiens Andrew L. Russell et Lee Vinsel.

Encadré 1. Concept : le tournant vers la maintenance (Russell et Vinsel, 2018) Dans « After Innovation, Turn to Maintenance » (Technology and Culture, vol. 59, n° 1, janvier 2018, p. 1-25), Andrew L. Russell et Lee Vinsel contestent la place centrale que l'histoire des techniques et le discours public accordent à l'innovation. Ils proposent de déplacer l'attention vers la maintenance, la réparation et le travail ordinaire qui fait fonctionner les infrastructures existantes, travail qui représente une part considérable de l'activité technique réelle et reste systématiquement dévalorisé. Leur cible est ce qu'ils appellent le discours de l'innovation, qui confond nouveauté et progrès. Le concept ne condamne pas l'innovation. Il rend visible ce qu'elle présuppose.

Appliqué au cas, le concept devient un instrument de mesure et non une métaphore. Trois observables suffisent. Le document qui porte la politique (la stratégie) est rédigé dans le registre de l'innovation. La ligne qui porte la réalité (l'investissement informatique de l'opérateur le plus avancé) est consacrée à la maintenance. Le rapport entre les deux mesure le degré d'invisibilité du socle. À la BnF, ce rapport serait supérieur à neuf pour un. La stratégie IA du ministère décrit le dixième restant.

À la BnF, l'intérêt de la dette se paie avant tout algorithme

La BnF n'est pas un opérateur démuni. D'après ActuaLitté et Livres Hebdo, la Cour y identifie 7,65 M€ de moyens spécifiques à l'IA sur trois ans, dont 2,2 M€ issus de France 2030. Elle chiffre en outre à 250 000 € les moyens de la mission IA et à 600 000 € le temps consacré au sujet par 75 agents de catégorie A, à hauteur de 10 % de leur activité. Selon Stratégies, « BnF, INA et audiovisuel public ont des stratégies structurées et des usages à grande échelle », à la différence d'institutions restées au stade exploratoire (à la BnF : indexation automatique, fouille d'images, catalogage, médiation).

Encadré 2. Chiffre structurant : trois flux annuels à la BnF (ordres de grandeur, données de presse à vérifier avant publication) Maintien de l'existant : plus de 9 M€ par an (plus de 90 % d'environ 10 M€ d'investissement informatique). Modernisation préalable du système d'information : environ 3,7 M€ par an (22 M€ sur six ans, besoin estimé et non financement acquis). Moyens spécifiques IA : environ 2,55 M€ par an (7,65 M€ sur trois ans). Les sources consultées ne permettent pas de savoir si les moyens IA sont inclus dans l'enveloppe de 10 M€ ou s'y ajoutent. Dans les deux cas, l'ordre des grandeurs reste le même : maintenir d'abord, moderniser ensuite, innover en dernier.

Le mécanisme sous-jacent a un nom dans la littérature logicielle. En 1992, dans un rapport d'expérience présenté à la conférence OOPSLA, Ward Cunningham introduit la métaphore de la dette technique (le coût différé des solutions provisoires jamais consolidées) : « Shipping first time code is like going into debt. » Il ajoute que chaque minute passée sur un code imparfait compte comme un intérêt sur cette dette. La métaphore a depuis été étendue au-delà du code, jusqu'aux infrastructures et à l'architecture des systèmes.

Transposée au cas, elle distingue trois flux que l'audit, tel que rapporté, permet de séparer. Le ratio supérieur à 90 % correspond à l'intérêt (le coût récurrent de faire tourner un système vieillissant). Les 22 M€ sur six ans correspondent au remboursement du principal (la modernisation qui réduirait l'intérêt futur). Les moyens IA correspondent à un nouvel emprunt contracté sur la même base. Le point décisif tient à l'ordre des opérations : chaque projet d'indexation ou de fouille ajoute des composants à maintenir, des modèles à réentraîner, des données à conserver. Sans remboursement du principal, l'innovation d'aujourd'hui alourdit l'intérêt de demain. C'est le sens de l'expression dette de maintenance retenue dans le titre, qui combine les deux cadres : Russell et Vinsel expliquent pourquoi ce coût reste invisible, Cunningham explique pourquoi il croît.

La Cour des comptes dispose déjà, dans sa propre production, des éléments de cette lecture. Dans son rapport publié le 22 octobre 2024 sur l'intelligence artificielle au ministère de l'Économie et des Finances (35 programmes d'IA déployés depuis 2015, pour des coûts de développement estimés à 66,3 M€ selon la Lettre de la DAJ de Bercy), elle demandait que le choix de recourir à un système d'IA prenne en compte les coûts associés à l'ensemble du cycle de vie des systèmes. Dans son rapport de juillet 2024 sur le pilotage de la transformation numérique de l'État par la DINUM, elle relevait l'absence d'une « consolidation, actuellement inexistante, des dépenses numériques de l'État ». Une dette qui n'est pas consolidée n'apparaît dans aucun bilan. Le cas de la Culture montre ce que cette absence produit à l'échelle d'un ministère.

Un détail le confirme. Selon Livres Hebdo, France Télévisions consacre 500 000 € par an aux développements et à la maintenance externe de ses outils d'IA. Même là où une ligne IA existe, la maintenance y figure déjà.

Le catalogue protège la légitimité en découplant la doctrine de l'exécution

Trois faits rapportés par la presse dessinent l'appareil de pilotage. Une direction de projet IA a été créée à la fin de 2025, mais au moment du contrôle son responsable n'avait, selon ActuaLitté, ni équipe, ni budget propre, ni autorité sur le service du numérique. Les financements restent dispersés : 49 projets soutenus pour 2,6 M€ entre 2023 et 2025 par le fonds de transformation numérique et de cybersécurité, dont une partie seulement comporte un volet IA, et 5 projets sur 60 du dispositif « Services numériques innovants » avec un volet IA, pour 144 315 € depuis 2019 selon Art Essentiel. L'appel à projets France 2030 « Transition numérique de la culture et appropriation de l'IA » constitue le principal instrument d'ampleur, mais, d'après Livres Hebdo, le montant qui lui est spécifiquement alloué n'est pas public et ses premières vagues n'ont pas été évaluées.

Le troisième fait constitue l'angle mort du discours institutionnel. À l'automne 2023, un groupe d'experts réuni par le ministère avait produit un rapport intitulé « Regards culturels sur l'IA », organisé en cinq parties et assorti de 22 préconisations (formation des métiers créatifs, accès licite aux données culturelles, effectivité de l'opt-out, effets sur l'emploi). Selon ActuaLitté, la Cour constate que ce rapport n'a jamais été rendu public, qu'il ne semble pas avoir servi de feuille de route aux services et que les raisons de cette situation « n'ont pu être explicitées par le ministère ». La stratégie de 2025 a donc été rédigée alors qu'un corpus de recommandations opérationnelles existait déjà, sans que le lien entre les deux soit documenté.

La sociologie des organisations offre une grille pour ce type de configuration. En 1977, dans « Institutionalized Organizations: Formal Structure as Myth and Ceremony » (American Journal of Sociology, vol. 83, n° 2), John W. Meyer et Brian Rowan montrent que les organisations adoptent des structures formelles pour se conformer aux attentes de leur environnement institutionnel, et qu'elles protègent ces structures en les découplant (en les dissociant) de l'activité effective. À la coordination, à l'inspection et à l'évaluation se substitue alors une logique de confiance et de bonne foi.

L'opérationnalisation est directe. Une stratégie en 62 actions non datées ni budgétées remplit la fonction de structure formelle : elle atteste que le ministère a pris la mesure du sujet, auprès des créateurs comme des opérateurs. Ne pas la dater ni la budgéter préserve le découplage, puisqu'aucune échéance ne permet de mesurer un écart. Un rapport d'experts non publié relève de la même logique : la doctrine est produite, mais soustraite à l'évaluation. La lecture se veut loyale. Le découplage n'est pas une manœuvre, c'est une réponse adaptative à des pressions contradictoires (défendre les droits des créateurs face à l'IA générative, promouvoir l'innovation dans les établissements). Le ministère n'est pas resté immobile, et sa réponse du 28 juillet 2026 en témoigne. Mais le cas montre que la direction de projet sans équipe ni budget est la forme organisationnelle exacte du découplage : une fonction visible, sans prise sur le système d'information qui conditionne tout le reste.

La mutualisation des usages ne mutualise pas le socle

Les écarts entre opérateurs sont considérables. Livres Hebdo rapporte 5,45 M€ consacrés à l'IA par l'INA en 2025 et 2,6 M€ notifiés à Radio France pour 2026. À l'autre extrémité, la Cour relève que le Centre national du livre ne disposait « ni d'une ligne budgétaire spécifique, ni d'agents affectés à ces questions », l'IA y étant traitée par la sensibilisation, la formation (15 participants au cycle ministériel en 2025) et les échanges avec la profession. La Cour avertit elle-même que son tableau ne mesure que les moyens explicitement affectés à l'IA : l'absence de ligne ne signifie pas l'absence de dépense. Elle observe toutefois que d'autres établissements « se situent encore dans une phase exploratoire, faute de moyens humains, techniques ou budgétaires suffisants », et redoute un développement « à plusieurs vitesses ».

Les besoins exprimés par les opérateurs ne portent pas d'abord sur des outils. Selon Livres Hebdo, ils demandent un « cadre commun d'utilisation des outils d'intelligence artificielle, garantissant notamment la sécurité et la confidentialité des données, la souveraineté technologique, la traçabilité des traitements et la réversibilité des solutions ». Sécurité, traçabilité, réversibilité : ce sont des propriétés d'infrastructure, c'est-à-dire des objets de maintenance.

La réponse ministérielle du 28 juillet 2026 met en avant deux mutualisations. Depuis juin, tous les agents disposent d'Assistant IA, outil conversationnel développé par la DINUM avec Mistral AI, qui comptait 1 700 utilisateurs réguliers à la date de la réponse. Depuis mai, un groupe de travail réunit chaque mois près d'une cinquantaine d'opérateurs. Ces deux dispositifs sont réels. Ils mutualisent des usages (un assistant partagé) et de la coordination (un forum). Ils ne mutualisent ni l'hébergement, ni les données, ni le maintien en conditions opérationnelles (l'ensemble des opérations qui garantissent qu'un système reste disponible et sûr) des systèmes des opérateurs. La grille de Russell et Vinsel éclaire ce tri : un assistant conversationnel se montre, une infrastructure mutualisée de données se remarque seulement quand elle manque.

Le cas contient un contre-exemple instructif. La BnF propose déjà à d'autres organisations son système de préservation SPAR sous forme de prestation d'archivage numérique, présentée comme un service « à coûts maîtrisés ». Une mutualisation du socle existe donc dans le périmètre du ministère, mais elle prend la forme d'un service facturé par un opérateur doté, non d'une ligne ministérielle. Et l'histoire ajoute une ironie documentée : selon un article publié en 2012 par deux responsables de la BnF dans le Bulletin des bibliothèques de France, la numérisation de masse de la bibliothèque a été financée à partir de 2007 par des crédits du Centre national du livre, issus de taxes dégageant environ 10 M€ par an, dont 50 à 60 % étaient alors attribués à la BnF. L'établissement qui a financé le saut numérique de la BnF est aujourd'hui celui qui n'a aucune ligne IA. Le décrochage que redoute la Cour a aussi une histoire budgétaire.

La numérisation des années 2000 a déjà montré qu'un fichier coûte après sa création

Le précédent le plus proche est celui des grands plans de numérisation patrimoniale. Le ministère lance en 1996 un programme national de numérisation, consacré d'abord aux fonds iconographiques et sonores de l'État. La BnF ouvre Gallica au public du web à la fin de 1997, avec, selon la page de présentation de Gallica, quelques milliers de textes disponibles en mode image seulement. En décembre 2004, Google annonce son projet de bibliothèque numérique, et Jean-Noël Jeanneney, alors président de la BnF, appelle le 23 janvier 2005 dans Le Monde à une réplique européenne, dont naîtra Europeana, lancée en 2008. À partir de 2007, la BnF passe à la numérisation de masse, à raison d'environ 100 000 unités documentaires par an, soit environ 14 millions de pages selon Bruckmann et Thouny dans le Bulletin des bibliothèques de France. En août 2009, la presse révèle des discussions avancées entre la BnF et Google. Une commission présidée par Marc Tessier, installée le 26 octobre 2009, remet le 12 janvier 2010 son rapport sur « La numérisation du patrimoine écrit », qui propose notamment un partenariat avec Google Livres fondé sur l'échange de fichiers sans exclusivité et un changement d'échelle de Gallica. Fin 2009, le président de la République évoque 750 M€ du grand emprunt pour la numérisation culturelle, la BnF ayant chiffré ses propres projets (2 millions d'imprimés, 33 millions de pages de presse, 5,5 millions d'images, 700 000 documents audiovisuels) à environ 200 M€, dont 150 M€ de numérisation, selon le Bulletin des bibliothèques de France.

L'architecture de financement qui en découle est instructive. Les crédits des investissements d'avenir sont gérés selon le principe de « l'investisseur avisé », c'est-à-dire à des conditions comparables à celles d'un investisseur privé. La BnF crée le 30 avril 2012 une filiale, BnF-Partenariats, dotée par décision du Premier ministre du 7 février 2012 d'une première enveloppe de 10 M€ en deux volets (3 M€ pour la création et le fonctionnement de la filiale, 7 M€ pour les projets, y compris les coûts internes et d'hébergement). Les responsables de la BnF soulignent alors le niveau élevé des investissements nécessaires, qui incluent explicitement les coûts d'hébergement des fichiers numérisés, et précisent que ces coûts internes sont refacturés à la filiale pour entrer dans le calcul de viabilité économique. Le même article signale qu'un appel à partenariats pour valoriser SPAR, le système de préservation de la bibliothèque, lancé lors de la conférence de presse du 6 juillet 2011, a reçu « une dizaine de réponses » mais « n'aura finalement pas de suite directe ». Le calendrier de SPAR lui-même est révélateur : appel d'offres en juin 2007, mise en exploitation au printemps 2010, soit trois ans après le passage à la numérisation de masse. Des années plus tard, la BnF écrit encore, pour présenter son offre d'archivage, que « si les coûts de stockage informatique ne cessent de décroître, cela ne doit pas faire illusion ».

La proximité structurelle avec 2026 tient en un mécanisme. Les instruments des années 2000 finançaient la production de fichiers et leur valorisation, c'est-à-dire l'innovation au sens de Russell et Vinsel. Un instrument calibré pour le retour sur investissement ne sait pas financer la préservation, qui ne rapporte rien et ne s'arrête jamais. La conservation devient alors une charge permanente portée par le budget de base de l'établissement. La prudence s'impose : rien dans les sources consultées ne permet d'imputer mécaniquement le ratio de 2026 aux choix de 2007, et la BnF avait anticipé la préservation dès le milieu des années 2000. La proximité est structurelle, pas causale. D'autres précédents, comme la dématérialisation des archives publiques, relèveraient de la même grammaire sans offrir une proximité aussi directe.

Du catalogue à la politique : une hypothèse vérifiable sur la dette de maintenance

Le cas du ministère de la Culture permet de reformuler la question posée par l'IA publique. Une stratégie IA se juge moins à la liste de ses actions qu'à la ligne qui finance le socle sur lequel elle repose. Tant que la dette de maintenance n'est ni mesurée ni consolidée, la stratégie reste un catalogue au sens de Meyer et Rowan : une structure de légitimité découplée d'un système d'information dont l'essentiel des moyens sert à ne pas tomber. Russell et Vinsel fournissent la grille de lecture, Cunningham la dynamique, la numérisation des années 2000 le précédent.

L'article propose une hypothèse falsifiable. D'ici au 30 septembre 2027, le ministère de la Culture n'aura ni publié « Regards culturels sur l'IA », ni créé de ligne budgétaire identifiable (action, sous-action ou crédits nommés) destinée à une offre IA mutualisée pour ses opérateurs. Trois indicateurs sont observables sans information interne. Le premier est la présence ou l'absence du rapport de 2023 sur culture.gouv.fr. Le deuxième est le contenu des projets annuels de performances (les annexes budgétaires qui détaillent les crédits par programme) de la mission Culture, en particulier du programme 224 « Soutien aux politiques du ministère de la culture », dans le projet de loi de finances pour 2027 puis dans celui pour 2028, attendu à l'automne 2027. Le troisième est le suivi de l'audit par la Cour, notamment dans le rapport public annuel qui recense les suites données à ses recommandations. Un indicateur complémentaire porte sur le socle lui-même : la mention, dans les documents de la BnF ou de sa tutelle, d'un financement acquis pour les 22 M€ de modernisation. L'hypothèse serait réfutée si l'un de ces documents faisait apparaître une ligne IA mutualisée chiffrée ou la publication du rapport. Le contexte d'un budget 2027 préparé en année d'élection présidentielle peut peser dans un sens comme dans l'autre.

Reste une question plus large, qui dépasse la rue de Valois. Si l'opérateur le plus avancé d'un ministère consacre plus de neuf dixièmes de son investissement informatique à l'existant, combien d'administrations disposent réellement de la marge qu'exigent les stratégies IA qu'elles publient ?


Note méthodologique. Le PDF de l'audit flash et sa page de synthèse sur ccomptes.fr n'ont pas été localisés (accès automatisé bloqué par le site), pas plus que le texte intégral de la réponse ministérielle du 28 juillet 2026. Toutes les données de l'audit sont donc citées d'après ActuaLitté, Livres Hebdo, Stratégies et Art Essentiel, et restent à vérifier avant publication. Les citations attribuées à la Cour sont celles que la presse présente entre guillemets. Les dates du rapport Tessier divergent (parution le 11 janvier 2010 selon culture.gouv.fr, remise le 12 janvier selon le ministère et la presse de l'époque) et la remise du 12 janvier a été retenue. La thèse de Russell et Vinsel, d'abord historiographique, est ici transposée aux politiques publiques. Deux pistes ont été écartées : l'effet Matthieu pour l'inégalité entre opérateurs (non nécessaire à la démonstration) et une comparaison chiffrée avec d'autres ministères (données non consolidées).

image générée par IA (ChatGPT Images 2.5)

Sources

Sources primaires institutionnelles

Cour des comptes, « L'intelligence artificielle et le ministère de la Culture : bilan d'étape et défis », audit flash, 24 septembre 2026, URL non localisée sur ccomptes.fr, à vérifier avant publication.

Ministère de la Culture, réponse de la ministre à l'audit flash, 28 juillet 2026, annexée au rapport, à vérifier avant publication.

Ministère de la Culture, « La stratégie du ministère pour des intelligences artificielles culturelles et responsables », 2 juillet 2025, https://www.culture.gouv.fr/thematiques/innovation-numerique/la-strategie-du-ministere-pour-des-intelligences-artificielles-culturelles-et-responsables

Ministère de la Culture, « Regards culturels sur l'IA », rapport d'un groupe d'experts, automne 2023, non publié, existence connue par ActuaLitté, à vérifier avant publication.

Bibliothèque nationale de France, « Historique de SPAR (Système de Préservation et d'Archivage Réparti) », https://www.bnf.fr/fr/historique-de-spar-systeme-de-preservation-et-darchivage-reparti

Bibliothèque nationale de France, « Prestation d'archivage numérique », https://www.bnf.fr/fr/prestation-archivage-numerique

Ministère de la Culture, « Programme national de numérisation et de valorisation des contenus culturels », https://www.culture.gouv.fr/thematiques/innovation-numerique/soutien-a-la-numerisation-a-la-diffusion-et-a-la-valorisation-des-contenus-culturels/accompagnement-a-la-numerisation/programme-national-de-numerisation-et-de-valorisation-des-contenus-culturels

Rapports officiels

Cour des comptes, « L'intelligence artificielle dans les politiques publiques : l'exemple du ministère de l'économie et des finances », octobre 2024, https://www.ccomptes.fr/fr/publications/lintelligence-artificielle-dans-les-politiques-publiques-lexemple-du-ministere-de

Ministère de l'Économie, Direction des affaires juridiques, « Lettre de la DAJ – Rapport de la Cour des comptes sur l'intelligence artificielle dans les politiques publiques, l'exemple du ministère de l'Économie et des Finances », https://www.economie.gouv.fr/daj/lettre-de-la-daj-rapport-de-la-cour-des-comptes-sur-lintelligence-artificielle-dans-les

Cour des comptes, « Le pilotage de la transformation numérique de l'État par la direction interministérielle du numérique », juillet 2024, https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2024-07/20240710-S-2024-0754-Pilotage-transformation-numerique-Etat-par-direction-interministerielle-du-numerique.pdf

Marc Tessier (dir.), « La numérisation du patrimoine écrit », rapport au ministre de la Culture et de la Communication, janvier 2010, https://www.culture.gouv.fr/thematiques/livre-et-lecture/documentation/publications/etudes-et-rapports-numerique-en-bibliotheque/Rapport-Tessier-sur-la-numerisation-du-patrimoine-ecrit

Cadres théoriques

Andrew L. Russell et Lee Vinsel, « After Innovation, Turn to Maintenance », Technology and Culture, vol. 59, n° 1, janvier 2018, p. 1-25, DOI 10.1353/tech.2018.0004, https://www.semanticscholar.org/paper/After-Innovation,-Turn-to-Maintenance-Russell-Vinsel/0a9fdc3d1c8e638b3e061ffdf6d9c9204ae89674

Ward Cunningham, « The WyCash Portfolio Management System », OOPSLA '92 Experience Report, 26 mars 1992, https://c2.com/doc/oopsla92.html

John W. Meyer et Brian Rowan, « Institutionalized Organizations: Formal Structure as Myth and Ceremony », American Journal of Sociology, vol. 83, n° 2, septembre 1977, p. 340-363, https://www.journals.uchicago.edu/doi/10.1086/226550

Parallèles historiques

Denis Bruckmann et Nathalie Thouny, « La numérisation à la Bibliothèque nationale de France et les investissements d'avenir », Bulletin des bibliothèques de France, n° 4, mai 2012, https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2012-04-0049-010

Gallica (BnF), « About us », https://gallica.bnf.fr/accueil/en/html/about-us

Bibliothèque nationale de France, « Europeana », https://www.bnf.fr/en/europeana

Ministère de la Culture, « Remise du rapport sur la numérisation des fonds patrimoniaux des bibliothèques », janvier 2010, http://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Livre-et-Lecture/Actualites/Remise-du-rapport-sur-la-numerisation-des-fonds-patrimoniaux-des-bibliotheques

Presse spécialisée

Nicolas Gary, « IA : la Cour des comptes presse la Culture de passer à l'acte », ActuaLitté, 24 septembre 2026, https://actualitte.com/article/134173/politique-publique/ia-la-cour-des-comptes-presse-la-culture-de-passer-a-l-acte

Lora Lemaréchal, « IA : la Cour des comptes dresse un bilan d'étape au ministère de la Culture », Livres Hebdo, 24 septembre 2026, https://m.livreshebdo.fr/article/ia-la-cour-des-comptes-dresse-un-bilan-detape-au-ministere-de-la-culture

AdR, « La Cour des comptes pointe les failles du ministère de la Culture en matière d'IA », Stratégies, 25 septembre 2026, https://www.strategies.fr/actualites/medias/LQ6637606C/la-cour-des-comptes-pointe-les-failles-du-ministere-de-la-culture-en-matiere-d-ia.html

Rédaction, « IA et ministère de la Culture : l'expérimentation cherche encore sa ligne directrice », Art Essentiel, 24 septembre 2026, https://essentiel.media/ia-et-ministere-de-la-culture-lexperimentation-cherche-encore-sa-ligne-directrice/

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