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Le slop n'est pas le vrai problème de l'IA

L'étude Lecko 2026 sur les gains réels de productivité tirés des assistants IA, comme le débat plus large sur le « slop » documentaire qui s'est installé en 2025 dans le discours européen sur l'intelligence artificielle, mesurent ce qu'ils peuvent mesurer : la valeur extraite par lecture humaine d'un contenu produit par l'IA. La métrique est rigoureuse, le verdict probablement juste. Mais elle repose sur un présupposé qu'aucun rapport ne formule explicitement, à savoir que la valeur d'un document passe exclusivement par sa lecture humaine. Cet article propose une lecture alternative : ce présupposé appartient à un régime documentaire dont les fondations se fissurent, et une autre métrique, la valeur d'exploitation par les agents, prend forme dans des architectures de praticiens sans avoir encore été théorisée par les institutions qui la régulent déjà sans le savoir.

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Par Alexandre Berge13 mai 2026 · 18 min de lecture
Illustration éditoriale pour « Le slop n'est pas le vrai problème de l'IA »
Entre ambition et réalité : les transformations à l’épreuve du terrain.

Ce que mesure l'étude Lecko 2026, et ce qu'elle assume

Le cabinet Lecko a publié fin janvier 2026 sa quatorzième étude annuelle sur la transformation des organisations, conduite avec Ipsos auprès d'organisations publiques et privées de plus de 250 collaborateurs (étude de 250 pages). L'élément le plus discuté de cette édition est une évaluation longitudinale menée pendant trois mois auprès de 55 managers volontaires accompagnés sur Microsoft 365 Copilot autour de trois cas d'usage (réunions, écriture, recherche d'information). Les rythmes de travail ont été mesurés sur quatre dimensions (jours de travail en débordement, niveau de multitâche en réunion, volume de réunions, temps de récupération), avant et après déploiement.

Le résultat tient en une phrase. Les utilisateurs déclarent avoir gagné quinze à trente minutes par jour, mais les indicateurs de charge réelle ne montrent aucun changement significatif. Le cabinet en tire une conclusion nette, reprise par la presse spécialisée : brancher l'IA sur des pratiques inchangées revient à industrialiser le bruit plutôt qu'à créer de la valeur. La formulation est devenue le slogan de l'étude. Elle prolonge une tendance lourde du discours institutionnel sur l'IA générative qui s'est cristallisée en 2025 autour du concept de slop (« slop » a été désigné « mot de l'année 2025 » par Merriam-Webster, et l'AAP arXiv a dû mettre en place en octobre 2025 un dispositif d'endorsement pour endiguer le flux de soumissions générées par LLM).

Cette critique du slop documentaire produit ce que l'étude Lecko nomme le paradoxe de la productivité : la facilité de production peut saturer l'environnement numérique, créant un effet « tapis roulant » où une part croissante des contenus est générée automatiquement sans apporter de valeur. Ce diagnostic est solide. Il est partagé, à des registres différents, par la Cour des comptes dans son rapport sur France Travail de janvier 2026, par les rapports de la CNIL sur l'IA dans le service public, et plus récemment encore par le bulletin CERTFR-2026-ACT-016 qui proscrit le déploiement d'assistants personnels autonomes dans les administrations sensibles. Il existe une convergence remarquable de sources autorisées sur le diagnostic. La question que cet article propose de creuser n'est pas la justesse du diagnostic, mais le présupposé qui le sous-tend.

Le présupposé est le suivant. Un document est valable s'il est lu, et la valeur qu'il produit se mesure au gain de productivité humaine qu'il permet de capturer. Toutes les méthodologies citées partagent ce présupposé. Lecko mesure des rythmes de travail. La Cour des comptes mesure des taux de résolution. Les chercheurs en human factors qui ont produit le concept de slop mesurent la qualité linguistique perceptible. Le périmètre du valable est borné par ce qu'un humain lit, retient, ou dont la lecture allège son travail. Tout ce qui sort de ce périmètre est, par construction, du déchet.

Pédauque et le document tripartite, ce que la critique occulte

Pour examiner ce présupposé, il est utile de remonter à un cadre conceptuel précis : la définition du document numérique proposée en 2006 par le collectif Roger T. Pédauque (réseau thématique pluridisciplinaire CNRS).

Le document tripartite selon Pédauque (2006)

Pédauque distingue trois dimensions inséparables du document numérique : la forme (objet matériel ou immatériel, structuration physique du support et de l'écriture), le signe (sens et intentionnalité portés par le contenu, lisibilité humaine), le médium (statut du document dans les relations sociales, position dans une chaîne de production, de circulation et d'usage). Ces trois dimensions sont co-présentes et indissociables, mais le numérique en redistribue les poids relatifs. Source : Le Document à la lumière du numérique : Forme, texte, médium, C&F Éditions, 2006.

Quand le cabinet Lecko mesure le « gain de productivité Copilot », il mesure exclusivement la dimension signe (le contenu lu et compris par un humain produit-il du gain économique observable). Quand le bulletin CERTFR-2026-ACT-016 proscrit les assistants personnels autonomes, il mesure le médium (le statut institutionnel du document produit par un agent dans une chaîne de décision sensible). Aucun des cadres mobilisés par les institutions ne mesure ce qui se passe à la dimension forme. Or c'est précisément à cette dimension que se joue la transformation contemporaine la plus structurelle.

La dimension forme, telle que Pédauque la définit, n'est pas l'apparence visuelle du document. C'est sa structure machine-lisible : les métadonnées, la granularité, les liens vers d'autres documents, la traçabilité de provenance, la maturité du schéma, l'indexation. Pendant que la critique du slop opère au niveau du signe, des architectures praticiennes silencieuses transforment massivement la dimension forme. Ce déplacement est asymétrique. Personne ne le mesure parce que la métrique disponible (lecture humaine et productivité associée) ne le voit pas.

L'analyse proposée ici tient donc en trois propositions ordonnées. La critique du slop documentaire mesure une dimension du document (le signe) en assumant que c'est la seule qui produise de la valeur. Cette assumption était cohérente dans un régime où l'humain était le principal et quasiment unique consommateur de documents. Le régime change, sans que les métriques institutionnelles aient encore basculé.

L'autre chaîne de valeur : du document lu au document exploité

Le déplacement le plus visible se lit dans des artefacts publics qu'aucun rapport institutionnel ne référence encore. Le 6 avril 2026, le chercheur Andrej Karpathy a publié un texte court (un gist sur GitHub), qui décrit une pratique de manipulation de connaissance déjà adoptée par une partie significative des praticiens IA. La proposition centrale est radicale : abandonner le pattern dominant RAG (où le modèle de langage redécouvre la connaissance à chaque requête) au profit d'une architecture où le LLM construit incrémentalement un wiki structuré en Markdown qui s'intercale entre l'utilisateur et les sources brutes. Karpathy résume son analogie en une phrase : Obsidian est l'IDE, le LLM est le programmeur, le wiki est le codebase.

Le déplacement n'est pas anodin. Dans le pattern Karpathy, le document brut conserve son rang de source de vérité, mais l'objet effectivement consulté pour produire la valeur opérationnelle est un document dérivé, généré par un agent et maintenu par un agent. La métrique pertinente n'est plus le nombre de fois où le document brut est lu, ni le gain de productivité humaine extrait de sa lecture, mais le nombre de fois où le wiki dérivé est interrogé pour répondre à une question opérationnelle. La valeur du document brut se réalise non pas à sa lecture, mais à son exploitation par l'agent qui en dérive le wiki.

Une critique informée de ce pattern, formulée notamment dans les commentaires publics du gist, a immédiatement souligné le risque. La compilation est une compression avec perte. Si les utilisateurs interrogent désormais le wiki au lieu du matériau original, les erreurs de résumé deviennent partie intégrante de la base de connaissance. Le pattern Karpathy fonctionne donc à condition que le faisceau de finalités soit fermé et connu (un dossier de recherche personnel, un domaine technique borné), et il devient problématique pour des bases mouvantes, multi-utilisateurs, à enjeux élevés ou à finalités ouvertes.

Cette critique légitime n'invalide pas le déplacement, elle le précise. Le pattern compilateur (Karpathy) suppose une finalité unique connue. Un autre pattern, observable lui aussi dans des architectures praticiennes mais moins documenté publiquement, repose sur la conservation intégrale du substrat documentaire enrichi de provenance traçable. Dans ce second pattern, le document brut n'est jamais remplacé par un dérivé compilé. Il est augmenté de métadonnées (auteur, date, type de production, lien vers un run d'agent qui l'a produit ou consommé) et reste accessible directement. La valeur s'accumule par sédimentation et non par compilation.

Les deux patterns partagent un trait essentiel qui les distingue ensemble du régime de lecture humaine. Dans les deux cas, la valeur d'un document se réalise à un moment d'exploitation par un agent, et non à un moment de lecture par un humain. Que l'agent compile (Karpathy) ou qu'il navigue dans le substrat (architectures de conservation), il est l'opérateur effectif de la valorisation documentaire. La lecture humaine devient un cas particulier, qui a longtemps coïncidé avec l'usage parce que c'était la seule modalité disponible, et qui cesse de coïncider à mesure que les agents prennent en charge une part croissante de l'opération.

Pour mesurer cette nouvelle économie, le praticien dispose d'observables dont aucun rapport institutionnel ne fait l'inventaire. Les runtime usage events tracés par les architectures d'agents, les patterns récurrents d'invocation d'un document par les workflows agentiques, les taux de capitalisation (un document dérivé d'un run d'agent et réutilisé dans un run ultérieur), la densité des liens transversaux entre artefacts hétérogènes. Ces observables sont aujourd'hui implémentés dans les outils des praticiens (parfois dans les plateformes commerciales d'agentic workflow, parfois dans des projets personnels expérimentaux), mais ils ne remontent pas dans les indicateurs publics. Les rapports continuent à mesurer le gain de productivité humaine pendant qu'une autre chaîne de valeur s'instrumente dans l'ombre.

Compilation contre conservation, deux régimes pour deux finalités

Si le déplacement décrit ci-dessus est réel, il ne signifie pas qu'un régime succède simplement à l'autre. Il signifie plutôt que deux régimes documentaires coexistent et s'appliquent à des situations différentes. Cette coexistence éclaire un débat qui se cristallise sans toujours s'expliciter.

Le pattern compilateur (Karpathy) convient quand le faisceau de finalités est fermé et connu. Une équipe de recherche qui constitue une base de littérature sur un sujet précis. Un développeur qui synthétise sa documentation technique pour un domaine borné. Un consultant qui prépare un dossier client à finalité unique. Dans ces cas, la compression avec perte est acceptable parce qu'elle est pertinente à la fonction visée. Ce qui est éliminé du document brut au moment de la compilation est, par construction, ce qui ne sert pas la finalité retenue.

Le pattern conservatoire convient quand le faisceau de finalités est ouvert ou indéterminé. Une administration publique qui produit, au fil de son activité, des notes, mails, comptes-rendus, dont l'usage futur ne peut être anticipé. Un dossier patient (analogie limitée car cadrée par le secret médical) dont les usages possibles dépassent largement la finalité initiale de soins. Une archive parlementaire qui doit pouvoir servir à des questions de recherche encore non formulées. Dans ces cas, la perte tolérée par la compilation pour la finalité A devient un appauvrissement irréversible pour la finalité B encore non identifiée.

Cette dualité n'est pas inédite dans l'histoire documentaire. Elle est la version contemporaine d'une tension ancienne entre les deux fonctions traditionnelles d'une bibliothèque : la mise à disposition de l'usuel (finalité fermée, réponse rapide à la question posée) et la conservation du fonds (finalité ouverte, capacité à servir des questions futures non formulées). Le numérique a longtemps confondu les deux fonctions sous l'effet de la recherche plein-texte, qui semblait réconcilier accessibilité et conservation. Les architectures agentiques rouvrent la dualité.

Un parallèle structurel : du classement à la recherche, années 1990-2000

La transition des systèmes de classement hiérarchiques (où la valeur d'un document était indexée par sa localisation dans une arborescence) vers la recherche plein-texte (où la valeur devenait indépendante de la localisation) a pris vingt ans dans les organisations. Pendant cette période, les rapports d'audit continuaient à mesurer la qualité documentaire selon les critères de l'ancien régime (cohérence du plan de classement, complétude des arborescences) tandis que la valeur réelle migrait vers des critères inopérants dans ce cadre (pertinence des résultats de recherche, qualité de l'indexation full-text, métadonnées). Le décalage entre la métrique institutionnelle et la pratique effective était identique à celui qui se reproduit aujourd'hui, à un cran de complexité supplémentaire.

D'autres parallèles seraient mobilisables (la transition du manuscrit à l'imprimé, la mémoire administrative médiévale décrite par Michael Clanchy dans From Memory to Written Record, la vision Memex de Vannevar Bush en 1945). Le passage du classement à la recherche est retenu ici parce qu'il est le plus structurellement proche de la situation contemporaine. Comme aujourd'hui, le déplacement portait non pas sur le contenu des documents (qui restaient identiques) mais sur le régime d'accès. Comme aujourd'hui, les métriques institutionnelles ont mis vingt ans à basculer. Comme aujourd'hui, l'enjeu réel était d'accepter qu'un document puisse être valable selon un régime qui ne ressemblait pas à celui qui l'avait produit.

L'angle mort institutionnel, la gouvernance de la substance

Le décalage entre le régime documentaire qui se met en place et les métriques institutionnelles qui le qualifient produit un angle mort très précis dans le discours public sur l'IA. Cet angle mort est concentré au niveau de la dimension forme de Pédauque, c'est-à-dire au niveau de la substance documentaire produite et consommée par les agents.

Pour le mesurer, il suffit de relire les principaux documents de cadrage français et européens publiés depuis dix-huit mois. Le programme de travail 2026 de la CNIL, publié le 7 avril 2026, se concentre sur les conditions de déploiement des outils IA et sur la protection des personnes concernées par leur usage. Le Plan d'action « souveraineté et numérique » du 8 avril 2026 (Premier ministre, ministre Action et Comptes publics, ministre déléguée Numérique) cible la réduction des dépendances et l'accélération du sprint contre les verrous. Le rapport de la Cour des comptes sur France Travail du 8 janvier 2026 critique l'écart entre le rythme du déploiement et le cadre éthique. Le bulletin CERTFR-2026-ACT-016 du 13 avril 2026 proscrit les assistants personnels autonomes pour raisons de sécurité informatique.

Aucun de ces documents ne traite des corpus documentaires produits par les agents IA comme un objet de gouvernance distinct des outils qui les produisent. La gouvernance porte sur les outils (quel modèle, quel hébergement, quelle souveraineté, quel guardrail). Elle ne porte pas sur les substrats résultants (que deviennent les notes, mails, synthèses, transcriptions générées ou enrichies par agent). Cette omission est cohérente avec le présupposé déjà identifié : si la valeur du document passe par sa lecture humaine, alors le document généré par IA n'a pas besoin d'une gouvernance propre, il suffit de gouverner l'outil qui le produit. Si la valeur du document passe désormais par son exploitation agentique, alors une gouvernance des substrats devient nécessaire, indépendamment de la gouvernance des outils.

Le papier AI Slop and the Software Commons, publié sur arXiv début 2026 par Sebastian Baltes et co-auteurs, fournit le contre-exemple instructif. Les auteurs décrivent la fermeture en janvier 2026 du programme HackerOne du projet curl, submergé par un flot de rapports de vulnérabilités générés par IA, plausibles dans la forme mais sans contenu réel, qui consommaient le temps des mainteneurs jusqu'à rendre le programme intenable. Le cadre théorique mobilisé est celui de la tragédie des communs : les gains individuels de productivité (un développeur produit un rapport en quelques minutes) externalisent leurs coûts sur les mainteneurs et l'écosystème. Le papier propose, en réponse, une gouvernance inspirée des principes de design d'Elinor Ostrom pour les biens communs.

Ce cadre est puissant et devrait nourrir les politiques publiques européennes en cours de cadrage. Sa portée mérite d'être située avec précision. Le cas curl est un cas où le faisceau de finalités est fermé (un programme de bug bounty avec une fonction unique), et où le slop documentaire fonctionne comme une externalité négative qu'aucun acteur n'internalise. Mais l'écrasante majorité des productions documentaires IA dans les administrations publiques ne ressemble pas à curl. Elle ressemble plutôt à un substrat à finalités ouvertes, dont la valorisation possible n'est pas encore identifiée. Pour ce substrat, le cadre tragédie des communs est insuffisant. Il décrit la pollution mais ne décrit pas le potentiel de capitalisation perdu si la production est étouffée par crainte de la pollution.

L'angle mort institutionnel se laisse alors résumer ainsi. Le discours public actuel possède un cadre conceptuel pour traiter le slop comme externalité (tragédie des communs, principes Ostrom) et un cadre pour mesurer la productivité humaine immédiate (Lecko et équivalents). Il ne possède pas de cadre pour traiter le substrat documentaire comme actif organisationnel à finalités ouvertes, dont la valeur ne se révèle qu'au moment de l'exploitation agentique ultérieure. Cette absence n'est pas un oubli, c'est la conséquence directe du présupposé sur la valeur documentaire.

Conclusion : une hypothèse vérifiable

L'analyse précédente conduit à une hypothèse précise, formulable comme prédiction observable.

Si le déplacement décrit ici est réel, et si le décalage entre régimes documentaires et métriques institutionnelles ressemble structurellement à celui qui a marqué la transition classement/recherche, alors le discours institutionnel français devrait commencer à articuler dans les vingt-quatre mois qui viennent une gouvernance des substrats documentaires distincte de la gouvernance des outils IA.

L'indicateur observable est concret. Il s'agit de l'apparition, dans au moins un des documents de référence suivants, d'une section dédiée aux corpus documentaires produits ou enrichis par IA traités comme objet de gouvernance autonome (et non comme dommage collatéral du déploiement des outils) : le rapport public annuel 2027 ou 2028 de la Cour des comptes, le programme de travail 2027 ou 2028 de la CNIL, une publication formelle de la DINUM ou de l'ANCT consacrée à la doctrine de gestion des productions IA, une recommandation européenne issue de l'application de l'AI Act au cycle de cadrage 2027.

L'horizon temporel est fixé à fin 2027. Si à cette date aucun document de référence n'a articulé cette gouvernance distincte, l'hypothèse est invalidée et le présupposé de la valeur documentaire par lecture humaine peut être considéré comme stable au niveau institutionnel. Si à l'inverse un tel document apparaît, son contenu permettra de mesurer l'écart entre le cadre proposé et l'analyse présente, et de poursuivre la conversation sur des bases empiriques.

La question plus large qui demeure ouverte est celle-ci. Le passage de la lecture humaine à l'exploitation agentique comme métrique de valeur documentaire est-il une transformation cumulative qui remplace l'ancienne, ou bien une bifurcation qui produit deux régimes documentaires durables, à appliquer chacun à son domaine de finalité ? La réponse à cette question n'est pas seulement théorique. Elle déterminera la capacité des institutions publiques à formuler une politique de la substance documentaire qui ne soit ni une régression vers la lecture humaine comme seule mesure légitime, ni une adoption naïve de l'exploitation agentique comme métrique unique.


Note méthodologique

Cet article mobilise quatre sources principales (étude Lecko 2026 connue par sa restitution presse, papier AI Slop and the Software Commons arXiv 2604.16754, ouvrage Pédauque 2006, gist GitHub Karpathy avril 2026) et trois sources institutionnelles secondaires (programme CNIL 2026, plan souveraineté du 8 avril 2026, rapport Cour des comptes France Travail). La citation attribuée au cabinet Lecko (« industrialiser le bruit, pas créer de la valeur ») provient d'une restitution presse spécialisée et n'a pas été vérifiée dans le texte intégral de l'étude. Une vérification dans le rapport original est recommandée avant publication. Le choix de Pédauque comme cadre théorique central a été retenu sur trois alternatives possibles (Star et Griesemer sur les boundary objects, Latour sur l'inscription, Salaün sur l'architecture de l'information). Les deux autres restent mobilisables pour des prolongements ultérieurs. Le parallèle historique principal (transition classement-recherche) a été retenu sur trois alternatives (transition manuscrit-imprimé, mémoire administrative médiévale chez Clanchy, vision Memex de Bush 1945) au titre de la proximité structurelle maximale avec la situation contemporaine.

Sources

Sources primaires institutionnelles

  • Cour des comptes, France Travail et la mise en œuvre de l'intelligence artificielle, rapport public, 8 janvier 2026.
  • CNIL, Programme de travail 2026, publication du 7 avril 2026.
  • ANSSI / CERT-FR, Bulletin d'actualité CERTFR-2026-ACT-016, 13 avril 2026.
  • Premier ministre, ministre de l'Action et des Comptes publics, ministre déléguée au Numérique, Plan d'action souveraineté et numérique, 8 avril 2026.

Études sectorielles

Cadres théoriques

Artefacts de pratique référencés

  • Karpathy, Andrej, Wikis as a substitute for RAG, GitHub gist, avril 2026, https:// gist.github.com/karpathy/442a6bf555914893e9891c11519de94f

Parallèle historique

  • Bush, Vannevar, « As We May Think », The Atlantic Monthly, juillet 1945. Vision Memex citée à titre de précédent généalogique.
  • Clanchy, Michael T., From Memory to Written Record : England 1066-1307, troisième édition, Wiley-Blackwell, 2013 (première édition 1979). Cité brièvement comme référence sur la transition de la mémoire orale à la mémoire écrite dans l'administration médiévale.
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