L'Université Grenoble Alpes traduit l'OSPO public en modèle académique
L'Université Grenoble Alpes a inauguré en septembre 2025 le premier Open Source Program Office académique français. Huit mois plus tard, ses animateurs publient un rapport qui propose d'en faire le modèle d'un réseau national. Entre l'événement et le texte, un travail souterrain s'est joué, que la sociologie de la traduction de Michel Callon permet de nommer. Ce que la séquence révèle, ce n'est pas la diffusion d'un format venu d'ailleurs, mais l'effort patient d'un acteur local pour devenir le point de passage obligé d'une cause qui le dépasse.

Une inauguration locale devenue référence européenne en huit mois
Le 13 mai 2026, le portail Interoperable Europe de la Commission européenne publie un article intitulé « France's first academic OSPO suggests framework for a national network ». La formulation est exacte mais comprime une chronologie qu'il faut déplier. L'OSPO de l'Université Grenoble Alpes (UGA), porté par la Cellule Codes Données Grenoble Alpes (CDGA), a été inauguré les 23 et 24 septembre 2025 sur le campus de Saint-Martin-d'Hères, devant environ quatre-vingts participants venus de la communauté française et de plusieurs invités internationaux. Le texte que reprend la Commission n'est pas un communiqué d'inauguration. C'est un rapport déposé sur HAL en avril 2026 par Violaine Louvet (ingénieure de recherche CNRS, Laboratoire Jean Kuntzmann), Lucie Albaret (bibliothécaire UGA) et Alexis Arnaud (UGA), sous licence CC BY 4.0.
Entre l'événement et la publication, huit mois. Entre la publication HAL et la reprise européenne, environ trois semaines. Entre la reprise européenne et la présentation devant l'OSPO Alliance dans sa série OnRamp, deux semaines supplémentaires. Cette accélération mérite attention. Elle indique qu'une opération discursive a été conduite avec méthode, avec ses relais (Ouvrir la Science, structure d'animation du Comité pour la science ouverte du MESR, publie une version française et anglaise du résumé le 4 mai 2026), ses cibles (la Direction interministérielle du numérique, France Universités, les OSPO académiques internationaux), et ses points de passage (le portail OSOR, l'OSPO Alliance, CURIOSS). Un OSPO de deux équivalents temps plein devenu, en moins d'un an, la référence revendiquée pour un cadre national, c'est précisément le genre d'objet qu'éclaire la sociologie de la traduction.
Le format OSPO importé, déplacé, retraduit
Le format Open Source Program Office (bureau de gestion des programmes open source) est né dans le secteur privé pour répondre à un problème simple. Les grandes entreprises consomment et produisent du logiciel libre à grande échelle, ce qui pose des questions de conformité juridique, de sécurité, de stratégie de contribution et de relations communautaires que ni la direction des systèmes d'information, ni la direction juridique, ni la direction technique ne peuvent traiter seules. L'OSPO est l'organe transversal qui internalise ces questions.
La trajectoire française est plus tardive et procède par déplacements successifs. En décembre 2020, le rapport Bothorel remis au Premier ministre recommande explicitement la création d'un OSPO « visible et pérenne » au sein de la Direction interministérielle du numérique (DINUM). En novembre 2021, ce pôle d'expertise logiciels libres est constitué au sein du département Etalab. Il anime aujourd'hui le SILL (Socle Interministériel de Logiciels Libres), le réseau BlueHats, les marchés de support interministériels, et figure sur la liste publique des OSPO du secteur public français maintenue sur code.gouv.fr. Le rapport publié par ResearchSoft Alliance en 2023 qualifie ce dispositif de premier OSPO d'envergure pour un gouvernement national.
Le déplacement suivant est celui que l'UGA opère en septembre 2025. Il n'est pas une simple imitation. L'OSPO académique a une cible distincte (les logiciels produits par la recherche, pas ceux consommés par l'administration), un rattachement institutionnel revendiqué comme distinct (les directions de la recherche, non les directions des systèmes d'information), et un horizon de gouvernance distinct (la communauté scientifique, non la chaîne hiérarchique administrative). Le rapport HAL le formule sans détour : un OSPO académique doit être logé dans la direction recherche, faute de quoi il dérive vers les enjeux des systèmes administratifs et perd sa capacité à dialoguer avec les communautés disciplinaires. C'est un déplacement, pas une transposition.
La sociologie de la traduction de Michel Callon
Dans son article fondateur de 1986 (« Éléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs dans la baie de Saint-Brieuc », L'Année sociologique, vol. 36), Michel Callon décrit quatre moments par lesquels un acteur parvient à enrôler d'autres acteurs autour d'une cause partagée. La problématisation construit un énoncé que tous les acteurs doivent emprunter pour atteindre leurs propres fins, et désigne ainsi un point de passage obligé. L'intéressement déploie les dispositifs qui détachent les acteurs ciblés de leurs alliances antérieures. L'enrôlement fixe les rôles distribués. La mobilisation des alliés sélectionne les porte-parole capables de parler au nom de l'ensemble. La traduction réussit quand chacun reconnaît sa propre cause dans celle des autres. Elle échoue quand un acteur clé « se déprend » du réseau, faute d'avoir été correctement intéressé.
La cellule grenobloise comme acteur-traducteur
Lue à travers ce cadre, l'opération UGA prend une cohérence qui dépasse la simple ouverture d'une structure. La CDGA n'est pas seulement un service de plus, elle s'institue acteur-traducteur d'une cause qui n'existait pas encore comme cause sous cette forme. Sa problématisation tient en quelques énoncés condensés dans le rapport HAL et repris par OSOR. Plus de soixante-seize pour cent des chercheurs français hébergent leurs codes sur GitHub ou GitLab.com, ce qui pose un problème de souveraineté. Les forges institutionnelles existantes sont sous-dotées et fermées aux utilisateurs externes. Le logiciel de recherche n'est pas reconnu dans l'évaluation académique. Les compétences nécessaires (juridiques, techniques, documentaires, communautaires) sont dispersées entre directions de la recherche, services communs de la documentation, services valorisation et services informatiques. Et l'énoncé qui devient le point de passage obligé : seul un OSPO académique, hébergé en direction recherche et adossé à un réseau national, peut tenir ces quatre dimensions ensemble.
L'intéressement mobilise un appareillage qu'il faut décrire pour le comprendre. L'inauguration est tenue avec des invités hautement signifiants pour chaque public cible (DINUM pour l'État, OW2 pour le tissu européen des fondations, CERN et ETH Zurich pour la légitimité scientifique, CURIOSS pour la conformation au modèle académique international). Le rapport HAL est déposé sous licence Creative Commons pour autoriser sa circulation. Une version anglaise est produite. Le passage par Ouvrir la Science, structure du ministère, vaut consécration semi-officielle. La reprise par OSOR transforme un texte local en référence européenne. Et l'OnRamp de l'OSPO Alliance offre une scène professionnelle où la communauté des OSPO mondiaux se reconnaît dans le modèle proposé. Chacun de ces relais est un détour stratégique qui éloigne les acteurs visés de leurs alliances antérieures (l'arbitrage budgétaire interne d'une université, la priorité donnée aux ressources documentaires plutôt qu'aux logiciels, la solitude des chercheurs face à GitHub).
L'enrôlement distribue des rôles que le rapport esquisse plus qu'il ne fixe. Au ministère revient la fonction de labelliser. Aux établissements ESR revient la fonction d'héberger localement. À la communauté CURIOSS revient la fonction de garantir la conformité au modèle académique international. À Software Heritage et à HAL revient la fonction d'archiver. Aux services valorisation revient la fonction d'instruire les licences. Aux directions des systèmes d'information revient la fonction d'opérer les forges et runners. À cette distribution, il manque un acteur dont l'absence sera lourde de conséquences : les instances d'évaluation des chercheurs (HCERES, Conseil national des universités, sections des organismes), seules capables de transformer la contribution logicielle en capital de carrière.
La mobilisation des alliés a déjà commencé. Violaine Louvet parle au nom des ingénieurs et ingénieures de recherche. Lucie Albaret parle au nom de l'information scientifique et technique. Alexis Arnaud parle au nom de l'écosystème grenoblois. CURIOSS parle au nom des OSPO académiques internationaux. La DINUM parle au nom de l'État. Manquent encore deux porte-parole décisifs : France Universités, pour parler au nom des conférences présidentielles, et le MESR, pour énoncer formellement une politique. La séquence éditoriale de mai 2026 vise précisément ces deux interlocuteurs.
Couperin, un précédent structurellement proche
Il serait tentant de comparer l'OSPO UGA à Recherche Data Gouv, et c'est d'ailleurs le parallèle que les acteurs eux-mêmes mobilisent. Le rapport HAL revendique l'inspiration du dispositif (portail national, ateliers labellisés, financement par le Fonds national pour la science ouverte, intégration à l'European Open Science Cloud) et propose d'en répliquer la mécanique. Mais cette référence appartient au registre de l'intéressement, pas à celui de l'analyse. Pour comprendre ce qui peut tenir dans la durée, un précédent moins glorieux mais plus proche structurellement mérite examen.
En 1999, quatre directeurs de services communs de la documentation (Strasbourg 1, Nancy 1, Aix-Marseille 2, Angers) lancent une association de fait pour négocier collectivement les abonnements aux revues électroniques avec les éditeurs scientifiques. Le 17 mai 2000, l'association loi de 1901 est formellement enregistrée. Elle s'appelle Couperin. Le consortium fonctionne pendant ses premières années sur un modèle de bénévolat distribué, à peu près dix équivalents temps plein cumulés pour soixante à quatre-vingts collaborateurs réguliers, sans pouvoir contraignant sur des établissements pourtant libres de leurs choix budgétaires. En avril 2013, une refondation élargit le périmètre au CNRS, à l'Inserm, à l'INRA, au CEA, à l'Institut Pasteur et à la BnF. Aujourd'hui plus de deux cent cinquante établissements adhèrent.
Le parallèle avec un futur réseau national d'OSPO ESR tient sur cinq traits cumulatifs. L'origine est locale, par initiative de quelques agents convaincus, avant de devenir nationale. La forme juridique est légère (association loi 1901, et non groupement d'intérêt public lourd comme l'AMUE ou Renater). Le fonctionnement repose sur l'engagement personnel d'agents employés par les établissements adhérents plutôt que sur un budget propre dédié. Le mandat est double, à la fois transactionnel (négocier des marchés ou outiller des laboratoires) et doctrinal (porter une vision de la science ouverte). L'effet produit est un alignement obtenu sans pouvoir contraignant, par accumulation de normes partagées, de labels et de chartes. C'est exactement ce que propose le rapport UGA quand il parle de cadre national, de labellisation MESR et de communauté de pratique.
Le précédent Couperin enseigne aussi ce qu'il faut surveiller. Le consortium a tenu vingt-cinq ans, mais sa résilience repose sur un combustible fragile : la disponibilité d'agents publics formés et acceptés par leur tutelle locale pour consacrer une part substantielle de leur temps à des missions inter-établissements non rémunérées comme telles. Toute crise budgétaire locale, toute crispation hiérarchique, toute baisse de reconnaissance institutionnelle de cet engagement fragilise l'édifice. La même fragilité guette un réseau OSPO ESR construit sur deux équivalents temps plein par établissement, sans ligne budgétaire dédiée, et sans dispositif de reconnaissance carrière. Ce qui a fonctionné pour Couperin, à l'époque où les directions de SCD avaient encore une autonomie réelle sur l'affectation de leurs personnels, ne se transposera pas mécaniquement à un environnement universitaire en tension budgétaire continue depuis la loi LRU de 2007.
Le rapport HAL hal-05554225 en quelques traits
Le document signé Louvet, Albaret et Arnaud, déposé sur HAL en avril 2026 sous licence Creative Commons Attribution 4.0, propose quatre dispositifs articulés. Un cadre national à principes partagés entre futurs OSPO ESR français. Un dispositif de labellisation porté par le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, explicitement décalqué de la mécanique des ateliers de la donnée de Recherche Data Gouv. Une forge logicielle souveraine européenne à gouvernance multi-acteurs (chercheurs, institutions, opérateurs d'infrastructure). Un ancrage international via les réseaux CURIOSS (Community for University and Research Institution OSPOs), FLOSS Public Sector Office Network et European Open Science Cloud. Le rapport documente un OSPO grenoblois doté de « un peu plus de deux équivalents temps plein », pris comme matrice et non comme cas particulier.
Le point de passage manquant
Tout récit de traduction comporte un moment de vérité. Chez Callon, ce moment arrive au début des années 1980 quand les coquilles Saint-Jacques, après une première saison prometteuse, cessent de se fixer aux collecteurs, et quand les pêcheurs reprennent leurs habitudes de raclage avant que les juvéniles soient adultes. La traduction se défait. Tous les enrôlements antérieurs (les scientifiques, le ministère, les collecteurs, les courbes) ne suffisent pas si un acteur central « se déprend » du réseau.
Le cas OSPO ESR expose un point de passage analogue, et l'angle mort du dispositif proposé. Tant que les contributions logicielles ne pèsent rien dans l'évaluation des carrières universitaires (audition au Conseil national des universités, dossier HCERES, sections du Comité national du CNRS), aucune doctrine ministérielle, aucun label, aucune forge souveraine n'enrôlera durablement les chercheurs individuels. Ils continueront à publier des articles dans les revues qui comptent et à mettre leur code sur GitHub par commodité. Le rapport UGA le reconnaît à demi-mot quand il évoque la reconnaissance carrière comme question non résolue, et quand il mentionne, comme levier partiel, le Prix Science ouverte du logiciel libre de la recherche prévu par le deuxième Plan national pour la science ouverte. Un prix annuel ne refait pas un référentiel d'évaluation.
Cette omission n'est pas une maladresse. Elle est constitutive. Modifier les référentiels d'évaluation suppose un travail de traduction d'une autre échelle, impliquant des acteurs (CNU, HCERES, sections d'organismes) qu'un OSPO académique, fût-il national, ne peut enrôler seul. La cause peut donc rester celle de la cellule grenobloise et de ses alliés institutionnels (DINUM, MESR, Commission européenne), sans franchir le point où elle deviendrait la cause des chercheurs eux-mêmes. C'est précisément la situation où le réseau, formellement constitué, tournerait à vide : labels obtenus, forges déployées, ateliers ouverts, mais flux d'engagement individuel inchangé.
Polycentricité et objet-frontière, deux concepts en appui
Le cadre de Callon décrit la dynamique. Pour qualifier la forme que prend l'édifice quand la traduction réussit, deux autres concepts conviennent en appui. La polycentricité d'Elinor Ostrom (Governing the Commons, 1990) caractérise un système de gouvernance dans lequel plusieurs unités auto-gouvernées coordonnent leurs actions par règles partagées, sans hiérarchie centrale, mais avec un répertoire commun de procédures d'arbitrage. Un réseau national d'OSPO académiques, articulant établissements autonomes par charte et labellisation plutôt que par directive, en serait l'illustration. C'est aussi ce que Couperin a réalisé, à son échelle, pour la documentation électronique. Ce cadre permet de nommer la qualité institutionnelle visée et d'en identifier les conditions de viabilité (règles d'entrée et de sortie, mécanismes de résolution des conflits, équivalence approximative des contributions et des bénéfices).
L'OSPO lui-même fonctionne comme objet-frontière au sens de Susan Leigh Star et James Griesemer (« Institutional Ecology, Translations and Boundary Objects », Social Studies of Science, 1989). Suffisamment plastique pour signifier des choses différentes à chaque communauté (un outil de mise en conformité pour le juriste, un guichet de support pour le développeur, un dispositif de souveraineté pour le politique, un levier de qualité pour le bibliothécaire), suffisamment robuste pour entretenir une identité commune. Cette plasticité est une condition de l'enrôlement. Elle est aussi un risque, car elle autorise chaque acteur à projeter sur l'OSPO ses propres attentes, jusqu'à découvrir que l'objet ne tient pas tout ce qu'il a paru promettre. Le test pratique, dans les dix-huit prochains mois, sera de voir si la « forge souveraine européenne » revendiquée par le rapport sera dotée d'un opérateur identifiable et d'un calendrier opérationnel, ou restera un objet-frontière commode dont la valeur de coordination dépasse la valeur d'exécution.
Ce que la traduction laisse dans l'ombre
L'analyse par Callon a aussi ses angles morts, et il faut les nommer. Elle se centre sur la dynamique d'enrôlement et néglige les rapports de force structurels qui la précèdent. Dans le cas OSPO ESR, deux d'entre eux méritent mention. Le premier est la dépendance massive des chercheurs aux infrastructures privées étatsuniennes, qui n'est pas seulement un fait à problématiser mais une économie politique installée depuis quinze ans. La construire comme problème ne suffit pas à en faire émerger une alternative crédible. Le second est l'autonomie des universités françaises depuis la loi LRU, qui rend juridiquement les choix d'organisation interne du ressort de chaque établissement. Un cadre national à principes partagés peut recommander d'héberger l'OSPO en direction recherche, il ne peut pas l'imposer. C'est précisément pour cela que le travail de traduction est aussi indispensable, et aussi précaire.
Il faut aussi noter ce que le rapport ne dit pas explicitement, sans qu'il soit possible de trancher s'il s'agit d'un silence stratégique ou d'un point non encore élaboré. Aucune ligne budgétaire dédiée OSPO ESR n'est annoncée. L'articulation avec Software Heritage, infrastructure majeure portée par Inria depuis 2016, est mentionnée sans être détaillée. La tension entre la revendication d'autonomie du logiciel (distinct de la donnée) et la proposition que les Competence Centres EOSC, centrés sur la donnée, étendent leur mandat au logiciel n'est pas résolue. Ces points ouverts ne sont pas des failles. Ils sont la matière même de la négociation qui s'ouvre.
Hypothèse vérifiable
L'opération de traduction conduite par l'OSPO UGA peut être jugée à un horizon précis. Si, dans le rapport annuel 2027 du Comité pour la science ouverte (publication attendue entre mars et juin 2027), figure une rubrique nommée explicitement « réseau national des OSPO académiques » ou « labellisation OSPO ESR », assortie d'un nombre d'établissements engagés et d'une ligne budgétaire identifiable (même modeste, même incluse dans une enveloppe plus large du Fonds national pour la science ouverte), alors l'enrôlement des institutions aura été obtenu. Si, au même horizon, le référentiel d'évaluation des chercheurs (vague HCERES en cours, sections CNU, sections d'organismes) reste silencieux sur la prise en compte du logiciel, l'enrôlement des chercheurs individuels n'aura pas eu lieu, et le réseau prendra la forme prévisible d'un édifice institutionnel actif et d'un substrat de pratiques inchangées. Couperin a connu, à son échelle, cette divergence entre ses succès de négociation et la lenteur de la transformation des pratiques de publication des chercheurs. Le précédent invite à prendre au sérieux la possibilité que la traduction réussisse au niveau institutionnel et échoue au niveau individuel, et à ne pas tenir l'un pour preuve de l'autre.
Note méthodologique
Le présent article repose sur cinq classes de sources convergentes : la publication OSOR du 13 mai 2026, le rapport HAL hal-05554225 (Louvet, Albaret, Arnaud, 2026), la communication officielle de l'UGA et de GRICAD sur l'inauguration de septembre 2025, la documentation du Pôle Open Source de la DINUM (code.gouv.fr), et la littérature institutionnelle sur les précédents ESR (Renater, Couperin, AMUE, Recherche Data Gouv). Une ambiguïté factuelle a été tranchée : la formulation usuelle « OSPO inauguré en mai 2026 » mélange l'inauguration effective (23-24 septembre 2025) et la séquence éditoriale (avril-mai 2026, publication HAL puis OSOR), distinction explicitée dans le corps. Choix éditoriaux retenus seuls : le parallèle Couperin a été préféré à Recherche Data Gouv au motif que ce dernier est mobilisé par les acteurs eux-mêmes comme dispositif d'intéressement, ce qui en fait un objet de l'analyse plutôt qu'un cadre extérieur. Le concept de Callon a été retenu comme axe central conformément à la commande, avec polycentricité (Ostrom) et objet-frontière (Star et Griesemer) en appui. Le concept d'isomorphisme institutionnel (DiMaggio et Powell, 1983) a été écarté par parcimonie, bien qu'il éclairerait pertinemment la trajectoire OSPO privé → DINUM → ESR. Granovetter n'a pas été mobilisé.
Sources
Sources primaires (rapport, inauguration, reprise européenne)
- Louvet V., Albaret L., Arnaud A. (2026), Academic OSPOs in France: Pathways for Structuring Research Software Support in Institutions, rapport déposé sur HAL, hal-05554225, licence CC BY 4.0. https://hal.science/hal-05554225
- Pätsch S. (2026), « France's first academic OSPO suggests framework for a national network », Open Source Observatory, Interoperable Europe Portal, 13 mai. https://interoperable-europe.ec.europa.eu/collection/open-source-observatory-osor/news/frances-first-academic-ospo-suggests-framework-national-net
- Université Grenoble Alpes (2025), « Retour sur l'inauguration de l'OSPO de l'UGA : une première nationale pour le logiciel libre académique », 24 octobre. https://www.univ-grenoble-alpes.fr/actualites/a-la-une/actualites-universite/retour-sur-l-inauguration-de-l-ospo-de-l-uga-une-premiere-nationale-pour-le-logiciel-libre-academique-1664274.kjsp
- GRICAD UGA (2025), « Inauguration de l'Open Source Program Office de l'UGA ». https://gricad.univ-grenoble-alpes.fr/actualites/2025/inauguration-ospo/
- Ouvrir la Science (Comité pour la science ouverte, MESR) (2026), « Academic OSPOs in France: Pathways for Structuring Research Software Support in Institutions », 4 mai. https://www.ouvrirlascience.fr/academic-ospos-in-france-pathways-for-structuring-research-software-support-in-institution/
- Site Sciencesconf de l'inauguration. https://ospo-uga.sciencesconf.org/
Rapports officiels et cadre institutionnel français
- Bothorel É. (2020), Pour une politique publique de la donnée, rapport au Premier ministre, 23 décembre. https://www.info.gouv.fr/rapport/11979-rapport-sur-la-politique-publique-de-la-donnee-des-algorithmes-et-des-codes-sources
- DINUM, Pôle Open Source et Communs Numériques, Plan d'action logiciels libres et communs numériques (2021-2027). https://code.gouv.fr/fr/plan-action-logiciels-libres-et-communs-numeriques/
- DINUM, code.gouv.fr, Équipes et entités dédiées aux logiciels libres dans les organismes publics. https://code.gouv.fr/fr/ospos/
- Article L. 300-4 du Code des relations entre le public et l'administration, Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033205519/
- Cour des comptes (2025), Le GIP Renater, S2025-0625, 21 mai. https://www.ccomptes.fr/fr/publications/le-gip-renater
Cadres théoriques mobilisés
- Callon M. (1986), « Éléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins-pêcheurs dans la baie de Saint-Brieuc », L'Année sociologique, vol. 36, p. 169-208.
- Akrich M., Callon M., Latour B. (2006), Sociologie de la traduction : textes fondateurs, Paris, Presses des Mines.
- Ostrom E. (1990), Governing the Commons. The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge, Cambridge University Press.
- Star S. L., Griesemer J. (1989), « Institutional Ecology, "Translations" and Boundary Objects: Amateurs and Professionals in Berkeley's Museum of Vertebrate Zoology, 1907-39 », Social Studies of Science, vol. 19, n° 3, p. 387-420.
Parallèle historique principal
- Couperin (consortium), site institutionnel, page Historique. https://www.couperin.org/le-consortium/historique/
- Cavalier F. (2006), « Couperin », Bulletin des bibliothèques de France, n° 1. https://bbf.enssib.fr/consulter/bbf-2006-01-0066-011
- Arabesques (publication ABES), notice « Couperin, acteur de l'essor de la documentation électronique en France ». https://publications-prairial.fr/arabesques/index.php?id=4174
Écosystème international et complémentaire
- Recherche Data Gouv, page À propos. https://recherche.data.gouv.fr/fr/page/a-propos-de-recherche-data-gouv
- MESR (2022), « La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche inaugure Recherche Data Gouv », 8 juillet. https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/la-ministre-de-l-enseignement-superieur-et-de-la-recherche-sylvie-retailleau-inaugure-recherche-data-86206
- CURIOSS (Community for University and Research Institution OSPOs), site institutionnel. https://curioss.org/
- OSPO Alliance, page OnRamp et fiche de la présentation UGA du 29 mai 2026. https://ospo-alliance.org/news/20260529*onramp*ospo*feedback*uga/
- Inria, Software Heritage. https://www.inria.fr/fr/software-heritage-inria-anniversaire-archive-patrimoine-logiciels