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L'IA dans l'État, ou la négociation sans adversaire

Une étude publiée le 1er avril 2026 par l'assureur-crédit Coface et l'Observatoire des Emplois Menacés et Émergents (OEM) avance que 16,3 % des emplois français (environ 5 millions) verraient plus de 30 % de leurs tâches techniquement exposées à l'IA agentique d'ici deux à cinq ans. La CFE-CGC a relayé le chiffre le 13 avril. Or ce chiffre-choc, repris en boucle, ne ventile pas la part de l'emploi public, et la fonction publique française affronte une transformation qui ne se présente plus sous la forme d'un grand projet nommable, mais d'un essaim d'expérimentations. La tension centrale de ce moment n'est pas « combien d'emplois menacés », mais « qu'est-ce qui reste négociable quand l'automatisation n'a plus d'auteur identifiable ? ».

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Par Alexandre Berge26 avril 2026 · 16 min de lecture
Illustration éditoriale pour « L'IA dans l'État, ou la négociation sans adversaire »
Entre ambition et réalité : les transformations à l’épreuve du terrain.

Ce que dit l'étude Coface/OEM, et ce qu'elle ne dit pas

L'étude « Emplois, compétences, valeur : ce que l'IA est en train de bouleverser », publiée par la direction de la recherche économique de Coface en partenariat avec l'OEM (association indépendante cofondée par l'économiste Axelle Arquié), analyse 923 professions à partir du référentiel nord-américain O*NET. Les auteurs principaux sont Aurélien Duthoit et Galeran Subileau (Coface) et Axelle Arquié (OEM). La méthode n'emprunte pas aux approches canoniques de la littérature anglo-saxonne (Frey et Osborne 2013, Felten, Raj et Seamans 2021, ou Eloundou et al. chez OpenAI 2023). Elle repose sur une analyse linguistique propriétaire en Python (bibliothèques Stanza et spaCy), qui extrait des couples verbe-objet au sein des descriptions de tâches et leur attribue un score d'automatisation paramétrable dans un fichier YAML externe.

Le résultat : 16,3 % des emplois français auraient plus de 30 % de leurs tâches techniquement exposées dans un scénario d'IA agentique à deux-cinq ans, soit environ 5 millions de postes. Dans le scénario des seuls grands modèles de langage actuels, la proportion tombe à 3,8 %. Les métiers les plus exposés, selon les décompositions reprises par la Banque des Territoires (3 avril 2026) et la CFE-CGC, sont l'ingénierie et l'architecture (26,9 %), l'informatique et les mathématiques (24,9 %), les fonctions administratives (23,8 %), les métiers créatifs (23,8 %) et les professions juridiques (21,6 %). Les diplômés du supérieur apparaissent comme les plus exposés (15 à 20 %), les détenteurs de doctorats au-delà de 25 %.

Les auteurs eux-mêmes prennent soin de baliser leur énoncé. Aurélien Duthoit précise dans Le Moniteur que « l'étude mesure un potentiel technique d'automatisation brut [...] mais à aucun moment la matérialisation de destructions d'emplois nettes ». Axelle Arquié a publiquement dissipé un malentendu sur LinkedIn : « l'étude ne dit pas que 5 millions d'emplois seront détruits ». Le chiffre mesure une exposition, pas une destruction. Il écarte délibérément les dynamiques de demande, la création de nouvelles tâches, les frictions réglementaires, et l'acceptabilité sociale.

Une zone d'ombre, majeure pour le lecteur de cette lettre, persiste. L'étude ne publie pas de ventilation par statut employeur. Aucune des sources consultées (Coface, OEM, reprises CFE-CGC, Banque des Territoires, Le Monde Informatique, La Revue du Digital) n'isole la part relevant de la fonction publique d'État, territoriale ou hospitalière. Une seule reprise secondaire mentionne au passage que le périmètre couvre « l'emploi public et privé ». L'étude raisonne par familles de métiers O*NET, et non par statut juridique, ce qui n'est pas neutre : dans la fonction publique française, le statut est précisément le dispositif qui structure la négociation collective. Le chiffre de 5 millions arrive donc dans le débat public déjà dépouillé du paramètre qui intéresserait le plus directement les syndicats de la fonction publique.

Le chiffre comme moteur, non comme photographie

Pour comprendre ce que ce chiffre fait plutôt que ce qu'il dit, le cadre de la performativité économique, développé par Michel Callon (1998) et Donald MacKenzie (2006), offre une prise analytique directe.

La performativité économique (Callon 1998, MacKenzie 2006)

Michel Callon, dans l'introduction de The Laws of the Markets (Blackwell, 1998), pose que l'économie, entendue comme ensemble de modèles, d'indicateurs, de formules et de dispositifs de calcul, ne décrit pas un monde économique préexistant. Elle contribue à le « formater » et à le « cadrer ». Donald MacKenzie reprend et systématise la thèse dans An Engine, Not a Camera (MIT Press, 2006) à propos des modèles financiers : un modèle économique n'est pas une caméra qui enregistre, c'est un moteur qui agit. MacKenzie distingue la performativité générique (un énoncé est utilisé par les acteurs), effective (son usage modifie leur comportement), et Barnesian (son usage rend le monde plus conforme à ses postulats). Appliqué à un chiffre comme « 5 millions d'emplois exposés », le cadre invite à ne pas demander « ce chiffre est-il vrai ? » mais « quels dispositifs, quelles attentes, quelles coalitions ce chiffre rend-il possibles ou nécessaires ? ».

Appliqué à l'étude Coface/OEM, le cadre éclaire une séquence qui s'est jouée en une quinzaine de jours. Le 1er avril, publication Coface. Entre le 1er et le 3 avril, reprises par Le Monde, Le Monde Informatique, la Banque des Territoires, La Revue du Digital, Le Moniteur, Epoch Times, Journal du Geek. Passages radio et télévision (France Culture, TF1, RMC Story) pour les auteurs. Le 13 avril, la CFE-CGC publie un décryptage pédagogique sur son site confédéral, ainsi que sur le site de sa fédération SNUHAB. Le titre interrogatif de la CFE-CGC (« 5 millions d'emplois menacés en France ? ») illustre le glissement sémantique déjà à l'œuvre : l'énoncé des auteurs (« exposés ») s'est transformé en menace dans la reprise médiatique, et en interrogation chez le syndicat relais.

Ce glissement n'est pas un accident. Il est la marque d'une chaîne performative : l'énoncé produit par un assureur-crédit (dont le métier est précisément de valoriser le risque pour le transformer en prime) entre dans l'espace du débat social où il est reformulé en termes de menace négociable. Le syndicat, même quand il se montre prudent, est contraint d'arrimer son discours au chiffre disponible, faute d'un compteur public concurrent. L'article de la CFE-CGC mentionne que « la CFE-CGC s'empare du sujet et fera entendre sa voix ». La formulation illustre bien la contrainte : le sujet est posé par d'autres.

Une mobilisation syndicale qui cherche son objet

Les syndicats de la fonction publique d'État et territoriale n'ont pas attendu avril 2026 pour s'emparer de l'IA, mais leur mobilisation se déploie sur des terrains différents de la dénonciation d'un chiffre-choc. La CFDT Fonctions publiques, dans sa prise de position du 15 octobre 2025, réclame un accord-cadre couvrant les trois versants, la création d'un registre des outils d'IA dans les instances de dialogue social (CSA, CST, F3SCT), et refuse explicitement que l'IA serve à « faire plus avec moins ». La CGT Fonction publique, dans sa déclaration liminaire au groupe de travail Formation spécialisée n°4 du Conseil commun de la fonction publique du 7 février 2026, pose l'IA comme « enjeu de démocratie sociale » et exige une étude d'impact préalable obligatoire, incluant l'empreinte environnementale. L'UNSA Fonction publique s'appuie sur une enquête conduite entre février et avril 2025 auprès de plus de mille agents : 65 % déclarent ne pas être informés sur l'IA, 70 % expriment des craintes pour leur emploi, 85 % dénoncent l'absence de consultation préalable.

La FSU et Solidaires, présentes au groupe de travail de la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP), ont produit moins de prises de position publiques dédiées. Benjamin Gandouin, pour Solidaires Finances Publiques, a toutefois critiqué le déploiement de l'outil Albert dans les maisons France services, jugeant les réponses de l'outil « moins pertinentes qu'une recherche Google » et pointant un déploiement descendant sans accompagnement.

Le point remarquable est la convergence des cinq principales organisations autour de trois demandes : un accord-cadre négocié, un registre des outils déployés, une évaluation d'impact préalable. Cette convergence contraste avec l'état du dialogue social. Depuis le 4 juin 2025, un groupe de travail IA se réunit au rythme bimestriel à la DGAFP. Le calendrier prévoit des séances jusqu'à l'automne 2026. Aucun accord-cadre n'est signé à la date de publication de l'étude Coface/OEM.

Le pilotage politique présente lui aussi une fragilité structurelle. David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics depuis le 22 février 2026, a fait de « l'industrialisation et du déploiement massif de l'IA » l'axe saillant de sa feuille de route (brief du 8 janvier 2026 relayé par la Banque des Territoires). Il a identifié devant le Conseil commun de la fonction publique du 13 janvier trois risques à éviter : l'IA clandestine, le manque d'outils au travail, l'IA déshumanisante. Dans le même temps, le poste de ministre délégué à la Fonction publique est vacant depuis le 22 février 2026, Laure Miller ayant décliné, Matignon annonçant une nomination « après les municipales ». L'UNSA a publiquement déploré cette vacance. Le rythme du dialogue social sur l'IA en pâtit mécaniquement.

Le précédent Sautter, ou la nostalgie d'un adversaire nommable

Le parallèle historique le plus éclairant, pour comprendre l'asymétrie politique dans laquelle se retrouvent les syndicats de 2026, est celui de la fusion avortée entre Direction générale des impôts et Direction générale de la comptabilité publique, dite « Mission 2003 », portée par Christian Sautter en 1999 et 2000.

Le schéma détaillé est présenté devant le Comité technique paritaire ministériel le 27 janvier 2000 : hôtels des impôts des particuliers et des entreprises en 2003, compte unique du contribuable, identifiant fiscal unique, rebasculement du recouvrement. En mars 2000, l'administration fiscale entre en grève, portée par le Syndicat national autonome des directions générales des impôts affilié à la CGT (SNADGI-CGT), par FO-DGI, par les syndicats de la mouvance Solidaires (SNUI, Sud-Trésor). Le 20 mars 2000, Sautter retire officiellement le projet. Le 27 mars, il quitte ses fonctions, remplacé par Laurent Fabius. La fusion sera reportée de huit ans, jusqu'à la création de la DGFiP par décret du 3 avril 2008.

Ce précédent offre une matrice analytique précieuse. La réforme Sautter était saisissable. Elle avait un nom (« Mission 2003 »), un auteur (le ministre), un périmètre (fusion DGI-DGCP), une date (2003), un document. Dès lors elle était grévable, abandonnable, reportable. Le pouvoir de faire plier un ministre en cinq mois tenait à cette saisissabilité. L'informatisation « par grand projet » qui a suivi (programme COPERNIC, 2001 à 2012, environ 1,5 milliard d'euros) s'est déployée avec nettement moins de conflictualité, précisément parce qu'elle se présentait comme un projet technique, neutre vis-à-vis des structures, et qu'elle découpait dans le temps les changements organisationnels qu'elle rendait possibles. L'échec de l'Opérateur national de paye (2007-2014, abandon officiel le 4 mars 2014, coût estimé par la Cour des comptes à 346 millions d'euros) confirme qu'un grand projet nommé reste négociable, quitte à échouer pour ses propres raisons.

Le déploiement actuel d'IA dans la fonction publique appartient à un régime structurellement différent. Albert, IA générative souveraine présentée par Gabriel Attal en avril 2024 et expérimentée dans quarante-huit maisons France services, n'a pas été généralisé « dans sa forme actuelle », ainsi que l'a indiqué la DINUM en janvier 2026. Le socle Albert API est conservé comme infrastructure. Un « Assistant IA » intégrant les modèles Mistral est expérimenté auprès de dix mille agents ministériels depuis octobre 2025 jusqu'à juin 2026. La DGFiP déploie des pré-réponses sur les seize millions de demandes en ligne annuelles. Les DREAL utilisent l'IA pour la pré-instruction des quatre mille projets environnementaux déposés chaque année. Un logiciel d'analyse d'appels d'offres a été déployé auprès des acheteurs de l'État en 2026.

Aucun de ces dispositifs ne constitue un « projet Sautter » saisissable. Il n'y a pas d'annonce décidable à contester, pas de date à repousser, pas de ministre à faire tomber. Il y a une succession de micro-décisions : choix d'un modèle, ajout d'une fonctionnalité, expérimentation pilote dans une direction, généralisation par vagues. Les tâches sont réattribuées au sens d'Acemoglu et Autor (2011) tâche par tâche, sans que le métier dans son entier ne soit officiellement transformé. La juridiction professionnelle, au sens d'Andrew Abbott (The System of Professions, 1988, qui la définit comme le contrôle qu'une profession exerce sur un domaine de tâches via l'application d'une connaissance abstraite), est grignotée par le bas, par codification incrémentale, sans moment juridictionnel visible.

D'où une asymétrie politique que les syndicats d'aujourd'hui ressentent sans toujours la nommer. Les agents des impôts de 2000 pouvaient contester un ministre. Les syndicats de 2026 doivent contester un processus sans auteur apparent, une diffusion plutôt qu'une décision, une infrastructure plutôt qu'une réforme.

L'angle mort, ou ce que le chiffre de 5 millions ne compte pas

Trois éléments échappent au chiffre Coface/OEM et, par conséquent, aux termes du débat public qu'il structure.

Premier point, déjà noté : la part fonction publique n'est pas ventilée. Le périmètre couvrirait le public et le privé, selon une unique mention secondaire, mais aucune décomposition n'est disponible. Les agents des trois versants sont pourtant placés dans une configuration spécifique : protection statutaire de l'emploi, mais transformation du contenu du travail par des outils qui ne relèvent pas des cadres traditionnels de négociation collective. La question n'est donc pas « combien d'emplois supprimés ? » (le statut le rend marginal à court terme) mais « quelles tâches réallouées, par quel dispositif, avec quel impact sur la qualification et la reconnaissance ? ». Cette question-là n'est pas mesurée.

Deuxième point : le « shadow IA ». David Amiel l'a identifié dès janvier 2026 comme le premier des trois risques à éviter, et c'est bien dans les directions d'administration centrale et territoriales que se diffuse aujourd'hui un usage privé de modèles commerciaux (ChatGPT, Claude, Gemini) par les agents eux-mêmes, hors dispositif validé. Ce shadow IA n'apparaît dans aucune cartographie officielle, ne figure dans aucun registre. Il réalise pourtant, silencieusement, une part considérable de l'exposition mesurée par Coface/OEM. Il est invisible aux syndicats comme aux directions.

Troisième point : le saut qualitatif de l'IA agentique. Le chiffre de 5 millions repose sur un scénario d'agents autonomes capables d'enchaîner des tâches, scénario que l'étude situe à deux-cinq ans. Le saut de 3,8 % (modèles actuels) à 16,3 % (agents) est massif. Or les dispositifs de dialogue social actuels sont calibrés pour négocier des déploiements d'outils ponctuels, pas des agents qui recomposent des chaînes de traitement entières. Les instances n'ont pas encore de grammaire pour cet objet.

Ces trois angles morts convergent vers une même lacune : l'absence d'un compteur public de l'IA dans l'administration. Ni la DINUM, ni la DGAFP, ni la Cour des comptes ne publient à ce jour d'inventaire consolidé des outils d'IA déployés par ministère, des agents concernés, des tâches transformées. Le chiffre de 5 millions occupe ce vide. Il n'y a, à ce stade, rien d'autre.

Conclusion : ce qui se jouera dans les dix-huit prochains mois

L'analyse dégage une hypothèse vérifiable. Si les trois demandes convergentes des organisations syndicales (accord-cadre, registre, évaluation d'impact préalable) ne trouvent pas de traduction institutionnelle d'ici dix-huit mois, la fonction publique française entrera dans un régime où la transformation du travail par l'IA sera pilotée par des décisions micro-techniques non susceptibles de négociation collective, et où les organisations syndicales se trouveront durablement en position réactive. Cette hypothèse est testable par un indicateur observable sans accès aux informations internes : la publication, avant le 31 octobre 2027, soit d'un accord-cadre sur l'IA dans la fonction publique signé par au moins trois organisations représentatives, soit d'un document de la DGAFP ou de la DINUM dénommé « registre public des outils d'IA déployés dans l'administration » et comportant au minimum le nom du ministère, le nom de l'outil, le périmètre fonctionnel et l'effectif d'agents concernés.

L'absence conjointe de ces deux documents à cet horizon validerait l'hypothèse d'une asymétrie politique durable entre un chiffre-choc qui structure le débat (Coface/OEM) et un déploiement diffus qui échappe à la négociation (expérimentations, pilotes, assistants, shadow IA). La présence d'au moins l'un des deux, à l'inverse, suggérerait que la matrice Sautter (institution d'un objet saisissable et négociable) peut encore être réactivée, même sur un objet aussi diffus que l'IA. L'enjeu, pour les cadres SI de l'administration comme pour les chercheurs en management public, n'est pas de savoir si le chiffre de 5 millions est juste. Il est de savoir si un compteur public peut exister.


Note méthodologique

La date du 13 avril 2026 mentionnée dans la commande correspond à la reprise CFE-CGC. La publication primaire par Coface et OEM est datée du 1er avril 2026. L'étude ne publie pas de ventilation par statut employeur : les chiffres sectoriels cités sont issus des familles O*NET transversales, non d'une décomposition fonction publique contre secteur privé. Le chiffre de 5 millions correspond au scénario d'IA agentique à deux-cinq ans (seuil de 30 % de tâches automatisables par profession). L'analyse écarte, conformément aux consignes éditoriales, le périmètre Sécurité sociale, CPAM et CNAM. L'article mobilise la performativité économique (Callon, MacKenzie) comme cadre central, l'approche par tâches (Acemoglu, Autor) et le système des professions (Abbott) comme cadres d'appui. L'hypothèse de conclusion est formulée comme test empirique à horizon 31 octobre 2027.


Sources

Sources primaires institutionnelles

Positions syndicales fonction publique

Rapports officiels et déploiements publics

Cadres théoriques

  • Michel Callon (dir.), The Laws of the Markets, Blackwell, 1998 (introduction)
  • Donald MacKenzie, An Engine, Not a Camera: How Financial Models Shape Markets, MIT Press, 2006
  • Daron Acemoglu et David Autor, « Skills, Tasks and Technologies: Implications for Employment and Earnings », Handbook of Labor Economics, vol. 4B, 2011, p. 1043-1171, https://economics.mit.edu/sites/default/files/publications/Skills,%20Tasks%20and%20Technologies%20-%20Implications%20for%20.pdf
  • Andrew Abbott, The System of Professions: An Essay on the Division of Expert Labor, University of Chicago Press, 1988
  • Philippe Bezes, Réinventer l'État. Les réformes de l'administration française (1962-2008), PUF, 2009

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