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Armées françaises et Microsoft, anatomie d'un verrouillage logiciel

Le rapport d'information N°2617 sur les dépendances militaires de la France, rendu public au printemps 2026, place la sphère de défense exactement là où la doctrine d'autonomie stratégique refusait jusqu'ici de la voir : dans le même état de subordination logicielle que l'administration civile. Sous le vocabulaire militaire, c'est une grille d'analyse familière qui réapparaît, celle d'une dépendance au sentier construite contrat par contrat depuis 2008. Le praticien du système d'information public y reconnaît son propre paysage.

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Par Alexandre Berge20 mai 2026 · 17 min de lecture
Illustration éditoriale pour « Armées françaises et Microsoft, anatomie d'un verrouillage logiciel »
Entre ambition et réalité : les transformations à l’épreuve du terrain.

Un rapport qui aligne la défense sur le diagnostic civil

Le rapport d'information N°2617 a été déposé le 1ᵉʳ avril 2026 sur le bureau de l'Assemblée nationale par la commission de la défense nationale et des forces armées, sous la signature des députés François Cormier-Bouligeon (Ensemble pour la République) et Aurélien Saintoul (La France insoumise). Conformément à l'article 145 du Règlement, il conclut une mission d'information sur les dépendances militaires de la France vis-à-vis de l'étranger. Plus de cent cinquante pages, dix propositions, un constat dont la sévérité ne laisse guère d'échappatoire.

L'essentiel, pour qui suit le dossier numérique public, tient en quelques lignes. Les armées françaises confient 48 % de leurs dépenses logicielles à des éditeurs américains, proportion certes inférieure à la moyenne européenne de 83 % documentée par le Cigref et reprise en Conseil des ministres en juin 2025, mais qui demeure massive. 85 % des achats informatiques du ministère sont concentrés sur dix fournisseurs, tous étrangers. Les processeurs graphiques qui font tourner le programme Artemis.IA proviennent presque exclusivement de Nvidia. La constellation européenne OneWeb aligne 650 satellites face aux 10 000 de Starlink, et le ministère reconnaît qu'aucune solution souveraine ne saurait, à court terme, offrir une couverture équivalente à la constellation d'Elon Musk dont dépendent les partenaires de coalition.

Le 25 mars 2025, l'OTAN a notifié à Palantir le contrat «Maven Smart System NATO», système d'analyse de renseignement et d'aide à la décision destiné à équiper l'ensemble de la structure de commandement de l'Alliance. Les rapporteurs y voient, selon la formulation reprise par Clubic à partir du rapport, «un risque grave d'atteinte à la souveraineté de décision de la France». La crainte est explicite : une fois les procédures alliées adaptées à l'outil, l'argument d'interopérabilité suffira à évincer toute alternative européenne, et un éventuel arbitrage californien pourra peser sur la chaîne de décision militaire.

Sur l'écosystème Microsoft, la phrase qui structure tout le raisonnement est plus prosaïque mais plus dévastatrice. Le rapport pose qu'«une sortie totale et instantanée de Microsoft n'est pas crédible sans engager l'aptitude opérationnelle des armées et le fonctionnement du ministère». Ce n'est pas un constat de dépendance, c'est un constat d'irréversibilité.

Lue d'un cabinet de DSI civil, cette cartographie ne contient aucune surprise. Elle reproduit, à la nuance près du vocabulaire opérationnel, le diagnostic publié par la Cour des comptes le 31 octobre 2025 sous le titre Les enjeux de souveraineté des systèmes d'information civils de l'État. Elle prolonge les auditions de la commission d'enquête présidée par Philippe Latombe et rapportée par Cyrielle Chatelain, créée le 17 février 2026 sur «les dépendances structurelles et les vulnérabilités systémiques dans le secteur du numérique». Trois rapports, trois cadres institutionnels distincts, un même paysage. Le voile que les armées étaient supposées tenir, par doctrine de protection, sur la singularité de leurs systèmes d'information s'effrite.

2008-2026 : anatomie d'une dépendance au sentier

C'est ici que le concept de path dependency, ou dépendance au sentier, devient l'outil analytique le plus opérant. La formule «pas crédible sans engager l'aptitude opérationnelle» ne décrit pas un calcul ponctuel. Elle décrit le verrouillage produit par une séquence historique précise, celle de l'accord-cadre Microsoft signé en mai 2009 par la Direction interarmées des réseaux d'infrastructures et des systèmes d'information (DIRISI) avec Microsoft Irlande, après une décision politique prise dès 2008, et que l'écosystème logiciel libre a désigné sous le nom d'«Open Bar».

Path dependency : définition et référence

La notion de path dependency, ou dépendance au sentier, est formalisée par l'historien de l'économie Paul David dans son article «Clio and the Economics of QWERTY» (American Economic Review, vol. 75, n°2, mai 1985, p. 332-337), à partir du cas du clavier QWERTY adopté pour des raisons contingentes au XIXᵉ siècle et jamais remplacé par des dispositions plus efficientes. W. Brian Arthur en propose la généralisation théorique dans «Competing Technologies, Increasing Returns, and Lock-In by Historical Events» (Economic Journal, vol. 99, n°394, mars 1989, p. 116-131), en identifiant quatre mécanismes de verrouillage technologique : coûts fixes initiaux élevés, effets d'apprentissage, externalités de coordination, anticipations adaptatives. L'idée centrale est qu'un choix initial, parfois mineur, modifie la structure des coûts au point que les options ultérieures, pourtant théoriquement supérieures, deviennent économiquement irrationnelles à activer. Paul Pierson a transposé le cadre à la science politique dans «Increasing Returns, Path Dependence, and the Study of Politics» (American Political Science Review, vol. 94, n°2, juin 2000, p. 251-267), en montrant que les institutions publiques sont particulièrement exposées au phénomène, du fait de la longueur des cycles contractuels et de l'asymétrie d'information entre l'acheteur public et son fournisseur.

L'accord initial de 2009 a couvert un droit d'usage forfaitaire sur la quasi-totalité du catalogue Microsoft, pour environ cent euros hors taxes par poste, sans appel d'offres ni mise en concurrence préalable, en dépit d'un rapport interne d'experts daté de 2008 qui déconseillait expressément la contractualisation sous forme globale. Le contrat a été reconduit pour les périodes 2013-2017 et 2017-2021, dans les mêmes conditions, puis converti en février 2021 en une convention de commande passée par l'UGAP, sans rupture de l'adhérence technique. Le périmètre couvert est massif : 220 000 agents militaires environ, l'intranet INTRADEF, la suite bureautique, la messagerie, l'annuaire et l'infrastructure serveur.

À chacun de ces renouvellements, les conditions d'un retour en arrière se sont durcies. Les effets d'apprentissage identifiés par Arthur se matérialisent dans des procédures internes calibrées sur les standards Microsoft, dans des compétences d'administration construites autour d'Active Directory, dans des marchés de maintien en condition opérationnelle adossés à la pile logicielle propriétaire. Les externalités de coordination jouent à plein, entre des armées dont les outils doivent dialoguer avec ceux de l'OTAN, elle-même cliente de Microsoft, et avec ceux des administrations civiles partenaires. Les anticipations adaptatives s'expriment dans la note du ministère de 2014, rapportée par Next, qui justifie le renouvellement par les économies attendues, la gestion centralisée et la standardisation des configurations, c'est-à-dire par les bénéfices de la trajectoire déjà engagée.

Le mécanisme tient en une phrase : à chaque cycle contractuel, le coût marginal du maintien apparaît inférieur au coût marginal de la sortie, parce que la sortie supposerait de défaire trois cycles d'investissements accumulés. C'est exactement la situation que désigne, sans la nommer, la formulation du rapport N°2617 sur «l'aptitude opérationnelle des armées». La dépendance n'est plus un choix présent, elle est l'effet d'un sentier creusé depuis dix-sept ans, dont la pente s'est suffisamment accentuée pour rendre la remontée littéralement impensable dans les termes du calcul budgétaire ordinaire.

Le praticien du SI public reconnaît ce mécanisme dans d'autres dossiers civils. L'accord-cadre Microsoft de l'Éducation nationale, prolongé en mars 2025 jusqu'en 2029 pour un montant maximum de 152 millions d'euros hors taxes sur près d'un million de postes et serveurs, présente la même configuration. La plateforme Health Data Hub, dont les auditions parlementaires de mars 2026 ont remis au jour le coût et la sous-utilisation, en est une autre déclinaison. La sphère militaire, longtemps présentée comme protégée par la doctrine d'autonomie stratégique, n'a fait que reproduire le schéma général sur un périmètre simplement plus sensible.

Le rapport accorde une place particulière au spatial militaire, où les rapporteurs notent que les États-Unis concentrent 78 % des dépenses mondiales contre 4 % pour l'Union européenne. Le contraste entre les 650 satellites de OneWeb et les 10 000 de Starlink y est moins une statistique qu'un diagnostic politique. La proposition n°2 du rapport demande explicitement de réaffirmer l'importance du développement de la constellation européenne IRIS² pour mettre fin à la dépendance des armées françaises aux infrastructures spatiales étrangères, hors couverture des outre-mer.

C'est dans ce registre que le parallèle avec Galileo prend toute sa pertinence. Le système européen de positionnement par satellites, lancé en 2003 par accord entre l'Union européenne et l'Agence spatiale européenne, motivé explicitement par la volonté de mettre fin à la dépendance au GPS militaire américain, a mis vingt et un ans à atteindre la pleine capacité opérationnelle déclarée en 2024, avec trente-deux satellites en orbite moyenne. Le service public réglementé (PRS), crypté et destiné aux utilisations gouvernementales autorisées, n'a été déclaré en phase de service initial qu'en janvier 2023. Le programme a connu plusieurs réorientations financières, dont l'abandon du financement public-privé initial et le passage à un financement communautaire direct à partir de 2007, pour un coût total largement supérieur aux estimations initiales.

Cette chronologie enseigne deux choses utiles à la lecture du rapport N°2617. D'une part, l'autonomie spatiale est techniquement et politiquement atteignable, à condition d'accepter un horizon de deux décennies, des investissements communautaires de plusieurs milliards d'euros et une gouvernance multi-niveaux. D'autre part, le ticket d'entrée est tel qu'aucun État membre ne peut le payer seul, ce qui explique que le rapport orienté vers la souveraineté nationale doive néanmoins formuler ses propositions au niveau européen (propositions n°2, n°4 et n°9). Le contraste avec le Plan Calcul lancé en 1966 pour l'informatique civile, dont l'abandon politique progressif a conduit au rachat de la CII par Honeywell-Bull en 1975, sert d'arrière-plan plus que d'analogie : la souveraineté informatique civile n'a pas été reconstruite après son démantèlement, alors que la souveraineté de positionnement satellitaire a, elle, fini par se constituer à l'échelle de vingt ans.

Pour IRIS² et pour les capacités de cloud souverain des armées, l'horizon utile est donc cette mémoire de Galileo plus que celle, défaitiste, du Plan Calcul. Encore faut-il que la décision politique survive aux alternances et aux contraintes budgétaires, ce qui n'est jamais acquis.

Souveraineté annoncée, souveraineté contractuelle : la stratification des couches

Repères chiffrés du rapport N°2617

Rapport d'information N°2617, déposé le 1ᵉʳ avril 2026 par la commission de la défense nationale et des forces armées (Cormier-Bouligeon, Saintoul, rapporteurs).

48 % des dépenses logicielles du ministère des Armées orientées vers des éditeurs américains.

85 % des achats informatiques du ministère concentrés sur dix fournisseurs étrangers.

220 000 agents couverts par l'écosystème Microsoft depuis 2009.

650 satellites OneWeb contre 10 000 Starlink.

78 % des dépenses mondiales de spatial militaire pour les États-Unis, 4 % pour l'Union européenne.

Dix propositions dont la création (proposition n°8, F. Cormier-Bouligeon) d'un «fonds souverain pour financer l'industrie de défense française, alimenté par la mobilisation de l'épargne française».

Un deuxième concept, plus discret, éclaire la phase actuelle. Wolfgang Streeck et Kathleen Thelen, dans Beyond Continuity : Institutional Change in Advanced Political Economies (Oxford University Press, 2005), ont décrit sous le nom de layering (superposition) un mode de changement institutionnel par accrétion : les nouvelles règles s'ajoutent aux anciennes plutôt qu'elles ne les abrogent, et le socle initial demeure structurant tout en se trouvant entouré de couches successives qui en modifient progressivement, sans le détruire, la portée pratique.

L'État central, depuis l'automne 2025, multiplie les couches de souveraineté annoncée. Le rapport de la Cour des comptes du 31 octobre 2025 reproche à la DINUM un manque d'ambition stratégique et formule cinq recommandations, dont la mise en place d'un calendrier de déploiement d'outils bureautiques souverains. La commission Latombe-Chatelain a tenu ses premières auditions le 10 mars 2026, avec un témoignage marquant d'Henri Verdier sur les dépendances «que l'État a contribué à entretenir». Le 8 avril 2026, la DINUM a annoncé la sortie de ses propres postes de travail de Windows au profit de Linux, sur un périmètre estimé à 200 à 250 postes, et a imposé à chaque ministère et opérateur la formalisation d'ici l'automne 2026 d'un plan de réduction des dépendances numériques sur sept axes (postes de travail, outils collaboratifs, antivirus, intelligence artificielle, bases de données, virtualisation, équipements réseau).

Pendant ce temps, la couche contractuelle ne bouge pas. L'Éducation nationale a confirmé en mars 2026 la prolongation jusqu'en 2029 de son accord-cadre Microsoft. L'accord de l'UGAP qui couvre les commandes Microsoft des Armées depuis 2021 reste actif. Le contrat Palantir-OTAN a été notifié en mars 2025. Le rapport N°2617 indique que les nouvelles catapultes électromagnétiques du futur porte-avions «France-Libre» seront américaines, ainsi que leur maintenance, ce qui laissera à la France «quelques mois de capacité MCO souveraine».

La superposition décrite par Streeck et Thelen prend ici une coloration française très précise : un empilement d'annonces de rupture, sans rupture des contrats sous-jacents. C'est la coexistence des deux couches qui constitue la situation actuelle, et c'est elle que l'analyse de souveraineté doit nommer pour ne pas se laisser capturer par les communiqués.

L'angle aveugle d'une doctrine introuvable

Ce qui frappe, à la lecture conjointe des trois textes (rapport N°2617, rapport Cour des comptes d'octobre 2025, auditions Latombe-Chatelain), c'est l'absence d'une doctrine articulée reliant la sphère militaire et la sphère civile en matière de dépendance numérique. La Cour des comptes a borné son enquête aux «systèmes d'information civils de l'État» et exclu de son périmètre la défense. Le rapport N°2617 traite des dépendances militaires sans citer la doctrine «Cloud au centre» ni la loi SREN du 21 mai 2024. La commission d'enquête Latombe-Chatelain dispose d'un mandat large mais oriente ses premières auditions vers le Health Data Hub et les administrations civiles.

Cette segmentation par cadre institutionnel produit un angle aveugle structurel. Tant que les armées étaient supposées disposer d'une trajectoire propre, le silence sur leurs choix logiciels pouvait passer pour une précaution. Quand le rapport N°2617 documente que la pile Microsoft sous-tend l'intranet INTRADEF des 220 000 agents et que les serveurs critiques tournent sur les mêmes infrastructures que celles d'un ministère civil, la précaution devient une omission. Le constat dressé par les rapporteurs sur Palantir («risque grave d'atteinte à la souveraineté de décision») est, mot pour mot, le diagnostic que les juges financiers posent sur l'écosystème de la santé numérique, à une échelle simplement différente.

L'autre angle aveugle est temporel. Aucune des dix propositions du rapport N°2617 ne formule de trajectoire chiffrée et calendaire de réduction de la dépendance logicielle des armées. La proposition n°7 invite à investir «de façon conséquente, durable et souveraine dans la recherche fondamentale». La proposition n°8, portée par F. Cormier-Bouligeon, propose de créer un fonds souverain alimenté par la mobilisation de l'épargne française pour financer l'industrie de défense. La proposition n°10, portée par A. Saintoul, demande la transmission au Parlement d'un rapport annuel sur les importations de matériels de guerre et biens à double usage. Aucune ne fixe d'objectif daté de réduction du périmètre Microsoft, ni de seuil de sortie de Palantir, ni d'horizon de bascule vers une alternative IA souveraine type Mistral pour Artemis.IA.

L'asymétrie est révélatrice. Quand la dépendance est nommée, la réponse est offerte sous forme de gouvernance (audition annuelle de l'APE, rapport annuel au Parlement) ou de financement (fonds souverain). La question des coûts de sortie, c'est-à-dire précisément le ressort de la dépendance au sentier, n'est jamais abordée frontalement. C'est en cela que le rapport reproduit, sur la sphère militaire, la difficulté politique observée sur la sphère civile : formuler une trajectoire chiffrée de sortie exigerait d'accepter publiquement que la facture est plus élevée que celle du maintien, ce qu'aucun acteur politique français n'a, à ce stade, été en capacité d'assumer.

Conclusion : un indicateur, une échéance

L'hypothèse vérifiable que cet article propose, à l'issue du croisement des trois sources, est la suivante : l'actualisation de la loi de programmation militaire 2024-2030, annoncée par le gouvernement avec trente-six milliards d'euros supplémentaires sur la période 2026-2030 selon le rapport gouvernemental d'avril 2026 sur le financement de la BITD, ne comportera pas, dans son texte voté, de trajectoire chiffrée et calendaire de réduction de la dépendance logicielle des armées aux éditeurs américains.

L'indicateur observable est précis : présence ou absence, dans le rapport annexé à la loi d'actualisation, d'un objectif numérique de réduction de la part des dépenses logicielles vers éditeurs américains (point de départ : 48 % documentés par le rapport N°2617) assorti d'un calendrier opposable. L'horizon temporel est borné par le calendrier parlementaire : examen attendu au second semestre 2026, adoption probable avant la fin de la session ordinaire 2026-2027.

Si l'hypothèse se vérifie, l'analyse en termes de dépendance au sentier sera confortée : la sphère militaire, malgré le diagnostic, demeurera dans la même trajectoire de superposition que la sphère civile, par incapacité structurelle à formuler une rupture chiffrée. Si elle est infirmée, c'est-à-dire si l'actualisation de la LPM intègre une trajectoire opposable de réduction, on assistera au premier acte effectif de désencastrement contractuel d'une administration française, et le précédent militaire pourra alors être mobilisé pour la sphère civile, inversant la séquence habituelle.

Dans les deux cas, le rapport Cormier-Bouligeon / Saintoul aura accompli ce qu'aucun texte antérieur n'avait osé : nommer publiquement, à l'intérieur du périmètre régalien le plus protégé, que les Armées sont, en matière numérique, dans la même situation que l'administration civile. La grille analytique est désormais transférable. Ce qui se jouera dans la LPM actualisée dira si elle sera utilisée.


Note méthodologique.

Cet article repose sur une lecture croisée du rapport N°2617 tel que publié par l'Assemblée nationale et synthétisé par Theatrum Belli (mai 2026), du rapport de la Cour des comptes du 31 octobre 2025 et des comptes rendus d'auditions de la commission d'enquête Latombe-Chatelain (Banque des Territoires, Acteurs Publics). Trois choix éditoriaux méritent signalement. Premièrement, la date de dépôt retenue est le 1ᵉʳ avril 2026 (date attestée par Légifrance et l'Assemblée nationale), et non le 8 mai 2026 qui correspond à la mise en visibilité publique du PDF intégral et à plusieurs publications de presse. Deuxièmement, la formulation «extrêmement préoccupant» évoquée dans certaines synthèses sur le contrat Palantir-OTAN n'a pas pu être vérifiée comme citation littérale du rapport, qui parle d'un «risque grave d'atteinte à la souveraineté de décision de la France» selon Clubic du 8 mai 2026 ; la formulation retenue est celle directement attestée. Troisièmement, la mention par le rapport d'un périmètre couvert de 220 000 agents par l'écosystème Microsoft des Armées est reprise de Clubic et non d'une source primaire pleinement vérifiable à ce jour, et doit être lue avec la prudence due à cette intermédiation.

Sources

Sources primaires institutionnelles

Rapports officiels

Cadres théoriques

  • David, P. A. (1985), «Clio and the Economics of QWERTY», American Economic Review, 75(2), 332-337.
  • Arthur, W. B. (1989), «Competing Technologies, Increasing Returns, and Lock-In by Historical Events», Economic Journal, 99(394), 116-131.
  • Pierson, P. (2000), «Increasing Returns, Path Dependence, and the Study of Politics», American Political Science Review, 94(2), 251-267.
  • Streeck, W. & Thelen, K. (2005), Beyond Continuity : Institutional Change in Advanced Political Economies, Oxford University Press.

Parallèle historique

  • CNES, dossier «Galileo, le GPS européen». URL : https://cnes.fr/dossiers/galileo-gps-europeen
  • Agence de l'Union européenne pour le programme spatial (EUSPA), communiqués sur la pleine capacité opérationnelle de Galileo, 2024.

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