BMAD Method : le framework qui transforme l'IA en équipe agile complète

BMAD orchestre 21 agents IA spécialisés pour un développement agile structuré, réduisant de 90% la consommation de tokens.

Alexandre Berge
· · 13 min de lecture ·

BMAD (Breakthrough Method for Agile AI-Driven Development) représente une rupture paradigmatique dans le développement assisté par IA. Ce framework open source orchestre une équipe de 21 agents IA spécialisés qui imitent une véritable équipe agile — de l’Analyst au QA Engineer — en suivant un workflow structuré en quatre phases. Avec plus de 18 000 étoiles GitHub et une communauté de 15 000 développeurs actifs sur Discord, BMAD s’impose comme la méthodologie de référence pour passer du “vibe coding” chaotique à une production logicielle rigoureuse et prédictible.

La philosophie fondatrice — “Build More, Architect Dreams” — se traduit par une réduction mesurée de 70 à 90% de la consommation de tokens grâce à un système innovant de document sharding et de helper pattern. Cette efficacité permet de maintenir un contexte cohérent sur des projets complexes, là où les approches conversationnelles classiques s’effondrent sous le poids du contexte accumulé.

Architecture modulaire : quand Core et Method se séparent pour mieux collaborer

BMAD version 6 introduit une distinction fondamentale entre deux couches complémentaires. BMad Core (Collaboration Optimized Reflection Engine) constitue le moteur universel d’orchestration, fournissant les primitives de workflow, le système de modules et le BMad Master comme agent coordinateur central. Cette couche peut servir de fondation pour des applications bien au-delà du développement logiciel — juridique, médical, finance ou éducation.

BMad Method (BMM) s’appuie sur Core pour livrer les workflows spécifiques au développement agile : création de PRD, architecture système, gestion des stories et implémentation. C’est le module que la majorité des développeurs utiliseront directement. Cette séparation permet une spécialisation poussée tout en préservant l’extensibilité : un cabinet d’avocats pourrait théoriquement construire son propre module sur BMad Core sans hériter de la complexité des workflows software.

En pratique, cette architecture se traduit par une installation modulaire. Les utilisateurs de Claude Code peuvent opter pour l’installation native via aj-geddes/claude-code-bmad-skills qui convertit BMAD en Skills Claude Code, ou pour l’installation complète multi-IDE via npx bmad-method@alpha install qui supporte également Cursor, Windsurf et VS Code.

Les 21 agents spécialisés et leurs rôles dans le cycle de développement

Le cœur de BMAD réside dans son système d’agents, chacun doté d’une persona distincte, d’un style de communication unique et de responsabilités précises. Cette personnification n’est pas cosmétique : elle structure les interactions et garantit que chaque agent reste focalisé sur son domaine d’expertise.

L’Analyst (Mary) traite chaque analyse “comme une chasse au trésor”, générant des project briefs à partir de recherches marché et d’analyses concurrentielles. Le Product Manager (John) pose inlassablement la question “POURQUOI?” pour créer des PRD complets avec functional requirements et user stories. L’Architect adopte des “tons calmes et pragmatiques”, champion de la “boring technology” — ces choix techniques éprouvés qui minimisent les risques.

Le Scrum Master est “net et orienté checklist, avec zéro tolérance pour l’ambiguïté”, tandis que le Developer (James) communique de manière “ultra-succinte, en chemins de fichiers et IDs de critères d’acceptance”. Cette diversité de styles n’est pas arbitraire : elle reflète les différentes mentalités requises à chaque phase du développement.

Au-delà du module BMM, BMAD inclut le Creative Intelligence Suite (CIS) avec 5 agents dédiés au brainstorming et design thinking, le BMGD pour le développement de jeux vidéo, et le BMB (Builder) permettant de créer ses propres agents personnalisés.

Quatre phases orchestrées pour un développement sans perte de contexte

Phase 1 : Analysis — optionnelle mais stratégique

Cette phase de découverte mobilise l’Analyst pour générer un project brief de 10 à 15 pages intégrant l’analyse de marché, les personas utilisateurs et les insights concurrentiels. Les commandes /product-brief, /brainstorm et /research permettent respectivement de structurer la vision, d’explorer créativement les alternatives, et d’investiguer en profondeur avant les décisions. La différence entre brainstorm (divergent) et research (convergent) est cruciale : l’un génère des possibilités, l’autre valide des hypothèses.

Phase 2 : Planning — le cœur du système

Le PM transforme la vision en PRD actionnable de 15 à 25 pages, incluant les functional requirements (FRs), non-functional requirements (NFRs), et le découpage en Epics et Stories. Le UX Designer intervient si l’interface utilisateur nécessite une spécification dédiée. Cette phase est obligatoire quelle que soit la taille du projet — seule sa profondeur varie.

Phase 3 : Solutioning — le gate check décisif

L’Architect conçoit le blueprint technique : stack technologique justifié, composants système, modèles de données, spécifications API et considérations de sécurité. Mais l’innovation clé de cette phase est le Solutioning Gate Check exécuté par le Product Owner.

Ce point de validation vérifie l’alignement complet entre PRD et architecture avant d’autoriser le passage à l’implémentation. Le PO examine si tous les FRs ont une solution architecturale, si les NFRs sont adressés, et si les acceptance criteria sont suffisamment précis. Trois verdicts possibles : PASS (procéder), CONCERNS (procéder avec attention) ou FAIL (bloquer et résoudre). Ce gate check élimine le problème classique des projets IA où l’on découvre les incohérences après des heures de développement.

Si le gate réussit, le PO procède au document sharding : fragmentation du PRD en fichiers par epic et de l’architecture en sections thématiques (tech-stack.md, coding-standards.md, data-models.md). Cette fragmentation est la clé de l’économie de tokens.

Phase 4 : Implementation — le cycle itératif

Le Scrum Master crée des story files hyper-détaillées contenant le contexte complet, les références architecturales et les acceptance criteria. Le Developer implémente avec toute l’information nécessaire — il sait quoi construire, comment et pourquoi. Le QA Engineer valide via des stratégies de test et des matrices de traçabilité.

Le helper pattern : comment économiser 90% des tokens

Le problème fondamental du développement conversationnel avec un LLM est l’accumulation de contexte. Sans BMAD, on atteint rapidement une situation où le PRD (50k tokens) + l’architecture (40k tokens) + les stories précédentes saturent la fenêtre de contexte, provoquant hallucinations et incohérences.

BMAD résout ce problème via deux mécanismes complémentaires. Premièrement, l’architecture step-file décompose chaque workflow en fichiers individuels : au lieu de charger un workflow monolithique de 6 étapes, l’IA charge uniquement le step courant. Deuxièmement, le document sharding permet aux agents de Phase 4 de charger exclusivement le fichier epic pertinent plutôt que le PRD complet.

Les mesures documentées montrent une réduction du contexte moyen par workflow de 31 667 tokens à 8 333 tokens (74% d’économie). Sur les grands projets avec des PRD de 100+ pages, l’économie atteint 90%. Cette réduction n’est pas obtenue par compression ou résumé — elle vient d’un chargement intelligent du contexte strictement nécessaire.

Intégration Claude Code : 15 commandes slash pour un workflow fluide

L’implémentation claude-code-bmad-skills adapte BMAD aux fonctionnalités natives de Claude Code (Skills, Commands, Hooks, Memory). Après installation via le script install-v6.sh, les commandes deviennent disponibles dans le terminal.

Les commandes de workflow (/workflow-init, /workflow-status, /solutioning-gate-check, /sprint-planning) gèrent l’état global du projet. Les commandes de Phase 1 (/product-brief, /brainstorm, /research) activent l’Analyst. Les commandes de Phase 2 (/prd, /tech-spec, /create-ux-design) mobilisent PM et UX Designer. La commande Phase 3 (/architecture) appelle l’Architect. Les commandes de Phase 4 (/create-story, /dev-story) orchestrent Scrum Master et Developer.

Deux commandes de création (/create-agent, /create-workflow) permettent d’étendre BMAD avec ses propres agents et processus personnalisés, ouvrant la voie à une customisation poussée par projet ou par organisation.

Structure type d’un projet BMAD

project-root/
├── bmad/
│   └── config.yaml              # Configuration projet
├── docs/
│   ├── product-brief.md         # Phase 1
│   ├── prd.md                   # Phase 2 (ou dossier prd/ si shardé)
│   ├── architecture.md          # Phase 3 (ou dossier architecture/)
│   └── stories/                 # Phase 4
│       ├── 1.1.user-auth.story.md
│       └── 1.2.profile.story.md
└── .claude/                     # Commandes projet-spécifiques

Cinq niveaux de projets pour une adaptation intelligente

BMAD ajuste automatiquement sa profondeur selon la taille du projet via son système Scale-Adaptive Intelligence. Le Level 0 (Atomic) concerne les bug fixes nécessitant uniquement une tech-spec. Le Level 1 (Small) couvre les features de 1 à 10 stories avec le même traitement allégé. Ces deux niveaux suivent le Quick Flow Track qui saute la Phase 3.

Le Level 2 (Medium) pour 5 à 15 stories et le Level 3 (Complex) pour 12 à 40 stories suivent le BMad Method Track complet : PRD, architecture, gate check et sharding. Le Level 4 (Enterprise) pour 40+ stories ajoute des considérations de compliance, audit et UX renforcé.

Cette gradation évite le surengineering des petits projets tout en garantissant la rigueur nécessaire aux systèmes complexes. Un développeur peut fixer un bug en 10 minutes sans produire de PRD, mais un nouveau produit bénéficiera du workflow complet.

Écosystème et intégrations : de Task Master aux Expansion Packs

BMAD s’intègre naturellement avec Task Master via le Model Context Protocol (MCP). Task Master peut parser les PRD générés par BMAD pour créer automatiquement des tâches, créant une synergie puissante entre planification stratégique et exécution tactique. Plusieurs serveurs MCP sont disponibles : bmad-mcp-server sur PyPI (orchestration avec 11 agents et “Party Mode” multi-agents), bmad-mcp sur npm (workflow agile complet), et des variantes avec intégration Notion ou routing OpenRouter.

Les Expansion Packs étendent BMAD au-delà du développement logiciel traditionnel. Le pack bmad-2d-phaser-game-dev ajoute des agents Game Designer, Level Designer et Narrative Designer. Le pack bmad-infrastructure-devops intègre Cloud Architects et SREs. Des packs existent également pour l’écriture créative, la stratégie business, le développement mobile et même la santé/wellness.

L’installation d’un pack s’effectue via npx bmad-method@latest install --expansion-packs bmad-2d-phaser-game-dev. La version 6 introduit BMad Builder pour créer ses propres modules partageables via un futur marketplace communautaire.

Pièges à éviter et limites du framework

Malgré sa puissance, BMAD présente des écueils documentés par la communauté. Le piège le plus courant est de sauter la phase de planning pour aller directement au Dev agent — une approche qui produit invariablement des résultats génériques inutilisables. BMAD exige un investissement initial d’au moins 2 heures de planification.

L’utilisation d’un seul chat pour tout est également problématique. La recommandation est d’utiliser des conversations fraîches pour chaque workflow afin d’éviter l’accumulation de contexte parasité. Les templates standard doivent être utilisés pendant au moins 3 projets avant toute customisation pour comprendre leur logique interne.

Le framework présente des limites structurelles. Les agents ne communiquent pas directement entre eux (Issue #446), nécessitant une coordination humaine. Certains LLMs moins performants échouent à interpréter les fichiers Markdown/YAML structurés. La version 6 alpha présente encore des bugs d’installation (ESM/CommonJS). Et surtout, le QA agent ne remplace jamais la review humaine — il la complète.

BMAD reste également mieux adapté aux projets greenfield qu’aux codebases existantes complexes. Le workflow brownfield existe mais requiert une documentation préalable du projet existant, ajoutant une étape non triviale.

Mise en œuvre pratique : créer une application de gestion de tâches avec BMAD

Cette section présente un parcours complet pour démarrer un projet avec BMAD et Claude Code, de l’installation à la première story implémentée.

Étape 1 : Installation de BMAD Skills pour Claude Code

L’installation s’effectue en quelques commandes dans le terminal. Cloner d’abord le repository des skills puis exécuter le script d’installation :

git clone https://github.com/aj-geddes/claude-code-bmad-skills.git
cd claude-code-bmad-skills
chmod +x install-v6.sh
./install-v6.sh

Le script crée automatiquement la structure dans ~/.claude/ avec les agents, commandes et workflows. Vérifier l’installation en lançant Claude Code et en tapant /bmad pour voir les commandes disponibles.

Étape 2 : Initialisation du projet

Créer un nouveau dossier projet et initialiser le workflow BMAD :

mkdir task-manager-app
cd task-manager-app
claude

Dans Claude Code, exécuter la commande d’initialisation :

/workflow-init

Le BMad Master demande alors de décrire la vision du projet. Répondre avec une description claire : “Application web de gestion de tâches personnelles avec authentification, création de listes, attribution de priorités et notifications de rappel.”

Le Master analyse la complexité et recommande un Level 2 (Medium) compte tenu du nombre estimé de features (8 à 12 stories).

Étape 3 : Phase Planning avec le Product Manager

Lancer la création du PRD :

/prd

Le PM (John) pose une série de questions structurées :

  • Qui sont les utilisateurs cibles ?
  • Quels problèmes cette application résout-elle ?
  • Quelles sont les 3 fonctionnalités essentielles au lancement ?
  • Existe-t-il des contraintes techniques ou réglementaires ?

Après les réponses, le PM génère un PRD structuré dans docs/prd.md contenant les Epics (Authentification, Gestion des tâches, Notifications), les User Stories préliminaires et les critères d’acceptance.

Étape 4 : Phase Solutioning avec l’Architect

Une fois le PRD validé, passer à l’architecture :

/architecture

L’Architect examine le PRD et propose un blueprint technique. Pour cette application, la recommandation type serait : React + TypeScript en frontend, Node.js + Express en backend, PostgreSQL pour la persistance, et JWT pour l’authentification. Chaque choix est justifié par rapport aux requirements identifiés.

Le document docs/architecture.md généré inclut les diagrammes de composants, les modèles de données (User, Task, List, Notification) et les spécifications API REST.

Étape 5 : Gate Check décisif

Avant de passer à l’implémentation, exécuter le contrôle qualité :

/solutioning-gate-check

Le Product Owner vérifie l’alignement PRD/Architecture. En cas de PASS, il procède au sharding automatique : le PRD est fragmenté en docs/prd/epic-1-auth.md, docs/prd/epic-2-tasks.md, etc. L’architecture est découpée en docs/architecture/tech-stack.md, docs/architecture/data-models.md et docs/architecture/api-spec.md.

Étape 6 : Sprint Planning et première Story

Lancer la planification du premier sprint :

/sprint-planning

Le Scrum Master propose de commencer par l’Epic 1 (Authentification) avec les stories : 1.1 Inscription utilisateur, 1.2 Connexion, 1.3 Déconnexion, 1.4 Récupération mot de passe.

Créer la première story détaillée :

/create-story 1.1

Le fichier docs/stories/1.1.user-registration.story.md généré contient tout le contexte nécessaire : références au PRD (section auth), références architecture (modèle User, endpoint POST /api/auth/register), acceptance criteria précis et cas de test suggérés.

Étape 7 : Implémentation

Passer en mode développement :

/dev-story 1.1

Le Developer (James) charge uniquement les fichiers pertinents (story 1.1, tech-stack.md, data-models.md) et implémente selon les spécifications. Il crée les fichiers nécessaires, écrit le code et documente les décisions techniques.

Ce cycle se répète pour chaque story du sprint, garantissant une traçabilité complète entre requirements et code.

Conclusion : vers une nouvelle ère du développement assisté

BMAD incarne une évolution naturelle de l’utilisation des LLMs en développement : passer de l’assistant conversationnel au système d’agents orchestrés. Cette transition résout le problème fondamental de la perte de contexte tout en imposant une discipline méthodologique bénéfique — même sans IA.

Pour les équipes évaluant BMAD, trois recommandations émergent de cette analyse. Commencez par la masterclass vidéo V4 (1h, 120 000 vues) pour comprendre la philosophie avant l’implémentation. Installez la version stable V4 pour vos premiers projets, V6 alpha restant en cours de stabilisation. Et surtout, résistez à la tentation de raccourcir le workflow initial — c’est précisément cette rigueur préparatoire qui génère les gains de productivité mesurés par la communauté.

Le framework continue d’évoluer rapidement avec des mises à jour quasi-quotidiennes, un programme de certification en préparation, et une vision claire d’extension vers un marketplace communautaire de modules. Pour les développeurs cherchant à industrialiser leur usage de l’IA générative, BMAD représente aujourd’hui la méthodologie la plus mature et la mieux documentée du marché.

Sources et références

Repositories officiels

Documentation technique

Ressources communautaires

Articles et analyses